‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 134 sur 158 · MEMOIRE POUR LA REFORMATION DES RELIGIEUX ET RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

MEMOIRE POUR LA REFORMATION DES RELIGIEUX ET RELIGIEUSES

PRESENTÉ AR S. FRANÇOIS DE SALES À M. LE PRINCE DE PIEDMONT, À ANNECY (1i}°

Articles pour la reforme des Religieux.

LA despendance que les religieux ont de leurs abbez et prieurs commendataires engendre continuellement des procez, noyses, et riottes (2) scandaleuses entre eux. Il seroit donc peut-estre à propos de separer le lot et la portion des biens requis à l’entretien des religieux, monastere et eglise, d'avec le lot et la portion qui pourroit rester à l’abbé où au prieur commendataire; en sorte que les religieux n’eussent rien à faire avec l'abbé, ny l'abbé avec eux, puisque chacun d'eux auroit son fait à part, comme on a fait tres-utilement à Paris dans les abbayes de Sainct-Victor et de Sainct-Germain. Par ce moyen les Superieurs cloistriers auroient toute l’authorité convenable pour bien reformer les monasteres, reduisant la portion des religieux en communauté. On pourroit aussi changer les Superieurs, par l’eslection, de trois ans en trois ans.

Et affin que la reformation se fist plus aysement, il seroit requis que cest ordre se mist premierement à Talloires , où il y a desjà un bon commencement de reformation, et par apres il faudroit sousmettre à Talloires tous les monasteres de l'Ordre de Sainct- Benoist, affin qu'on y installast la mesme reforme.

Mais quant aux monasteres de l'Ordre de Cisteaux, je ne vois pas qu'aucune reforme s’y puisse faire, sinon en y mettant des religieux Feuillans , comme on a fait à la Consolate de Turin, à Pigneroles , et en Abondance.

Il y a de plus des monasteres de Chanoines reguliers de Sainct-

‘Augustin, qui n'ont pas moins besoin d’estre reformez; ce qui

mal-aysement se pourra faire, sinon par le changement d'ordre ; et il semble qu'il seroit expedient d’en retirer quelques-uns dans

() Lorsque Son Altesse vint secourir cette ville assiégée par le duc de Nemours (vers le mois d'avril 4616). — (2) Querelles à propos de rien.

les villes, comme par exemple le monastere d'Entremont à la Roche, pour y accroistre le nombre des chanoines, et y establir un notable service, avec un theologal et penitencier, ayant esgard au voisinage et au commerce de ceux de Geneve avec les babitans de la Roche.

Oa pourroit aussi en convertir d’autres en des Congregations de Prestres de l’Oratoire, par exemple, le monastere du Sainct- Sepulchre de la ville d'Annecy; et les autres, les annexer au college de la mesme ville, comme le prieuré de Pellionex.

Or, ce qui est dit, de retirer quelques monasteres dans les villes pour accroistre le nombre des chanoines, regarde le bien de la noblesse de tout le pays de Savoie, laquelle est nombreuse eten quantité, mais la plupart pauvre, et n’a aucun moyen de loger honnorablement ses enfans qui veulent estre d’Eglise, sinon dans les benefices qui se distribuent dans le pays, comme sont les cures et les canonicats, lesquels on pourroit introduire sainctement de ne devoir estre distribuez que par le concours aux gentils-hommes ou docteurs.

Son Altesse donc, pour ce regard, pourroit faire une instruction à son ambassadeur, pour obtenir de Sa Saincteté une commission à l'archevesque de Tarentaise, evesque de Maurienne, et à celui de Geneve, pour proceder aux establissemens susdits, en sorte neantmoins que l’un de ces prelats se treuvant absent, les deux autres puissent proceder, et les procureurs, general et patrimonial, chargez de tenir main à l’execution en toutes occurrences, avec expresse recommandation au Senat d'assister en toutes les occasions qui le requerroient.

Articles concernant les Religieuses.

Quant aux religieuses, il seroit aussi requis qu’on retirast les trois monasteres de Cisteaux dans les villes, affin que leurs desportemens fussent veus journellement, qu'elles fussent mieux assistées spirituellement, et qu’elles ne demeurassent pas exposées aux courses des ennemys de la Foi et de l'Estat, et à l'insolence des voleurs, et au desordre de tant de visites vaines et dangereuses des parens et amys; joinct que de les enfermer aux champs, esloignées d’assistance, c'est les faire prisonnieres miserables, mais non pas religieuses, ainsi que l’on pretend de faire par les bonnes exhortations qu’elles recevront dans les villes ; et aussi le sainct Concile de Trente ordonne qu’on les y reduise pour ces mesmes causes.

REFORMË DES RELIGIEUX. 481

On poutroit donc reduire celles de Saincte-Catherine dans la ville d'Annecy, celles de Bonlieu à Rumilly, et celle de Betton à Sainct-Jean-de-Maurienne ou à Montmelian: Et quant à celles de Saincte-Claire hors de la ville de Chamberi, on pourroit aussi les reduire dans la ville mesme de Chamberi.

Mais affin qu’en mesme tems qu'on les reduiroit foutesés villes, la reformation se fist, il seroit requis que Sa Saincteté commist quelque prelat qui establist és mouasteres tous les Reglemens ordonnez par le Concile de Trente, et leur donnast des Superieurs auxquels on pust avoir recours facilement.

Son Altessé donc, pour ce subjet, pourroit faire dresser une instruction à son ambassadeur, affin qu'il obtint deux comman- .demens de Sa Saincteté : l’un à l'abbé de Cisteaux, general de : l'Ordre, à ce que promptement il fist retirer les religieuses des monasteres de Savoie dans les villes voisines, en lieu propre à leur demeure, en attendant qu’elles eussent fait un nouveau monastere; l’autre à l’evesque de Maurienne et à l’evesque de Geneve, à ce qu'ils tinssent main que tous les Reglemens ordonnez par le Concile fussent establis, non-seulement és monasteres de Gisteaux ; mais en tous les autres monasteres de femmes qui sont en Savoie, et le procureur-general chargé de tenir main à l’execution de l'intention de Son Altesse.

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