CHAPITRE VIII
Vexanr à table, oyez sans bruict ny contention ce que selon la coustume on lira, jusques à ce que vous vous leviez: et que vostre gosier seul ne reçoive pas la viande, mais que vos aureilles reçoivent pareïllement la parolle de Dieu.
Si on traitte differemment en viandes celles qui sont delicates par l’accoustumance passée, cela ne doit pas fascher les autres, qui par une accoustumance sont rendues plus fortes, ny ne leur doit pas sembler injuste.
Et qu’elles ne les estiment pas plus heureuses dequoy elles mangent ce qu'elles-mesmes ne mangent pas; mais que plutost elles se resjouyssent en elles-mesmes de ce qu’elles sont plus robustes qu'icelles, et peuvent ce qu'icelles ne peuvent pas.
Et si on donne quelque chose en viandes, en habits, en lict, en couvertes, à celles qui viennent d’entre les delicatesses du monde au monastere, de plus qu'on ne donne aux plus robustes, et par consequent plus heureuses, celles-cy auxquelles on ne donne pas ces particularitez, doivent penser combien celles-là se sont demises de leur vie mondaine pour venir à la Monastique, quoyqu'elles ne puissent pas arriver jusques à la sobrieté et frugalité des autres qui sont de plus forte complexion. Et cellesy qui sont plus vigoureuses, ne se doivent pas troubler, si elles voyent que, plutost par support et compassion que par honneur, celles-là reçoivent de meilleures portions, affin que cette detestable perversité n’advienne, qu'au Monastere, où tant qu'il se peut les riches sont rendues laborieuses, les pauvres soient faites delicates. ;