‹ Œuvres complètes de saint François de Sales (volume 5)Chapitre 98 sur 158 · ARTICLE XV · texte numérisé non relu

ARTICLE XV

Documens fort utiles.

Tourss les Sœurs doivent estre fort attentives à se perfectionner selon leur Institut, par une ponctuelle observance, rapportant à cela toutes les lumieres qu’elles recevront, tant anx lectures, conferences, oraysons, confessions et predications, qu'autrement, ne prenant jamais de tout cela chose aucune qui soit contraire à leur Institut. Pour bon qu'il semble estre, et qu'en effect il le fust, si ne le seroit-il pas pour elles, je les en asseure. Chacun se doit perfectionner selon sa vocation, et d'autant plus que les preceptes de toutes vertus et perfections sont encloses dans les Regles, Constitutions et Coustumier, les Sœurs ne doivent rien tant craindre, sinon que l’on vienne à les negliger, quand ce ne seroit mesme qu'au moindre petit article, et par ce moyen à se relascher de cette exactitude tant necessaire. Que la Superieure de chaque Monastere et toutes les Sœurs

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prennent soigneusement garde qu'on n’introduise aucune nouveauté, retranchant toutes pretentions de faire plus ou moins que ce qui est compris dans l'Institut. Et que la Supérieure mesme ne change ny qu'elle n'invente rien qui soit contraire aux reglemens escrits, ains qu’elle suive et fasse exactement les choses comme elles sont marquées, avec neantmoins la liberté, dans les occasions que la Constitution troisiesme luy donne. Et surtout, 1l est requis que les Sœurs continuent à se descouvrir à la Superieure, avec l’entiere simplicité et sincerité que la Constilution marque, et que reciproquement les Superieures ayent un tres-grand soing de conserver cette confiance filiale des Sœurs en leur endroict par un amour tout cordial, suave et fidelle à garder leur secret. Cet advis est de si grande importance pour maintenir l'esprit de l'Institut en sa perfection, que quand il manquera, l'esprit de la Congregation deffaudra, lequel estant conservé, enrichira le paradis d'ames.

Les Sœurs doivent continuellement aspirer à la veritable et sincere humilité du cœur, se tenant pelites et basses à leurs yeux. Et quand le monde les tiendra pour telles, et les mesprisera, qu'elles reçoivent ce mespris comme chose tres-convenable à leur petitesse, et un gage precieux de l'amour de Dieu envers elles; car Dieu void volontiers ce qui est mesprisé, et la bassesse aggreée luy est tousjours fort aggreable.

Qu'elles fassent grande profession de ne se point excuser, non-seulement sur les advertissemens, mais encore sur les fautes legeres.

S'il arrive à quelque Sœur de dire à une autre des parolles seiches, ou tant soit peu contraires à l'humilité, elle doit incontinent luy demander pardon, se mettant à genoux et baysant terre; ce que l’autre Sœur fera pareillement, usant de quelque traict de cordialité en son endroict.

Quand les Sœurs parleront de leurs deffauts, et de ce qui touche à leur personne, elles useront du terme singulier; comme par. exemple : J'ay rompu le silence; Je suis imparfaicte ; J'ay mal à la teste, et semblables; mais en tout le reste parleront en, plurier, comme : Nous avons des cellules ; Nostre robbe est gastée; Nous avons fait telle et telle chose.

Les Sœurs ne pourront donner en leur nom aucune chose, et ne leur sera pas seulement loysible de se prester ou, donner. les. unes aux autres sans licence.

Mais quand il sera, requis de faire quelque present, la Superieure le donnera ou fera donner au nom de toute la, Commu-.

nauté, et se tiendra-t-on en cela mesme dans les bornes de l'humilité, simplicité et pauvreté religieuses, qui sont des vertus particulierement recommandées aux Filles de la Visitatiôn.

Qu'’elles se monstrent tres-affectionnées, autant que la Constitution seiziésme le permet, à la prattique de ce document, qui est d'un prix inestimable : Ne demandez rien, el ne refusez rien; mais qu’elles se tiennent disposées pour faire et souffrir tout ce qui leur arrivera de la part de Dieu, et de la saincte obeyssance. Cela nourrira en elles la saincte paix et tranquillité de cœur, qui leur a esté si souvent recommandée. À quoy servira encore, qu’elles ne se plaignent point les unes parmy les autres de leurs tentations, desgouts, adversions et difficullez, ny mesme des incommoditez corporelles, sinon à la Superieure.

Les Sœurs s’essayeront d’estre courtes et retenuës au parloir, mesme avec des personnes spirituelles, parce qu'aux longs entretiens il se glisse facilement des superfluitez et oysivetez de parolles.

Il ne leur sera jamais loysible d’y manger; et tant qu'on pourra, on les exemptera d'y aller la matinée des Festes, au tems de Caresme et de l'Avent, et pendant les retraittes; mais neantmoins la Superieure le permettra quand elle le jugera à propos.

La Superieure, pour quelque grande et signalée occasion d’affliction publicque ou particuliere, pourra faire faire des oraysons, jeusnes, penitences et communions extraordinaires, pour quelques jours, prenant l’advis toutesfois de ses coadjutrices.

Elles feront demie-heure d’orayson pour les pecheurs aux trois jours de Caresme-prenant, devant ou apres la lecture.

Les Sœurs porteront un grand respect à la parolle de Dieu, de quelque part qu’elle leur soit annoncée, l’escoutant avec attention et réverence, et feront de mesme de toutes les choses sainctes et des vertus, desquelles elles parleront avec honneur et devotion, sans les tourner en recreation.

Comme aussi, elles auront un particulier respect pour le Curé du lieu où elles seront establies, lequel doit faire leurs sepultures, sans toutesfois qu'ils ayent, ny puissent avoir autre regard, droit, ny pretention sur le Monastere, ny l'eglise que celuy de les enterrer : ayant encore voulu laisser à la Congregation ceste marque d’unyon avec le corps Ecclesiastique de la tres-saincte Eglise nostre Mere.

Tant qu'il se pourra bonnement, la Superieure fera qu'il y ayt Predication toutes les Festes solemnelles de l’année, tous les premiers dimanches du mois, les dimanches et festes de l'A-

vent, les dimanches du Caresme, et une ou deux fois la semaine.

Les Sœurs auront tous les mois, pour s’entretenir toutes ensemble," et pour se recreer sainctement par forme de conferences spirituelles, environ une heure du silence de l'apres-disnée, ou autre heure que la Superieure jugera à propos.

C'est aussi à sa discretion de les mettre deux à deux, ou plusieurs ensemble, ou de les laisser en liberté de se choysir ellesmesmes, ou bien la Superieure avec les Professes et les novices ensemble; mais non point dans les cellules, ny les aydes, quand elles s’entretiennent à la fin du mois, sinon qu'elles ayent congé.

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