‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 141 sur 355 · III · texte numérisé non relu

III

que tout soit mieux pesé, je mettray, et son dire, et le subjet de son dire au long.

Les enfans d'Israël estoient desjà saysis de la terre de promission, les lots et portions avoient esté assignez à une chascune des tribus : si que le grand Josué estima devoir congedier les Rubenites, Gadites (Jos. 22), et la moitié des Manasseens lesquels ayant desjà pris et receu le lot de leur partage au delà du Jourdain, avoient neantmoins assisté en tout, et par tout, au reste des enfans d'Israël, pour les rendre paysibles de la part du pays que Dieu leur avoit promise, comme se rendant evictionnaires les uns pour les autres. Estant donc congediées, les deux tribus et demie, pour se retirer au lieu de leurs partages, en la terre de Galaad , arrivées qu’elles furent és confins et limites du Jourdain , elles y dresserent un autel d’infinie grandeur (Jos. 10).

Les Israëlites qui estoient demeurez en Canaan eurent nouvelle de l’edification de cet autel, et doubterent que les Rubenites, Gadites, et ceux de la my-tribu de Manassé, ne voulussent faire schisme et division en la religion, d’avec le reste du peuple de Dieu, au moyen de cet autel. De quoy, pour sçavoir la vraye verité, ils leur envoyerent en ambassade Phinees, fils du grand sacrificateur Eleazar, lequel, presupposant une mauvaise intention en l’edification de cet autel, tança bien asprement de primeface les bastisseurs d'iceluy, comme s’ils eussent voulu innover en matiere de religion, et dresser autel contre autel. À quoy les deux tribus et demie firent response, qu’ils craignoient qu'à l’advenir la posterité des autres tribus ne voulust forclore (1) leurs enfans de l’accez du vray autel qui estoit en Canaan, sous pretexte de la separation que le Jourdain faysoit entre l'habitation des uns et des autres, et d'autant que l’une estoit deçà, et l’autre delà ladite riviere : Ef pourtant nous avons dit, ce furent leurs parolles, que s'ils veulent nous dire ainsi, ou à nostre posterité, alors nous leur dirons : Voyez la similitude de l'autel de l'Eternel que nos peres avoient fait, non point pour l’holocauste, ny pour le sacrifice; mais à ce qu'il soit lesmoin entre vous el nous.

Calvin traduit ainsi, et sur l’excuse des deux tribus et demie, fait ce commentaire : « Neantmoins, si semble-t-il qu’il y a eu » encore quelque faute en eux, à cause que la loy deffend de » dresser des statuës de quelque façon qu’elles soient; mais » l’excuse est facile, que la loy ne condamne nulles images, » sinon celles qui servent de representer Dieu. Cependant d’esle-

(£) Exclure.

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