‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 162 sur 355 · CINQUIESME MEDITATION. — DE LA MORT · texte numérisé non relu

CINQUIESME MEDITATION. — DE LA MORT

PREPARATION

1° Mettez-vous en la presence de Dieu.

2° Demandez-luy sa grace.

3° Imaginez-vous d’estre malade en extremité dans le lict de la mort, sans esperance aucune d'en eschapper.

CONSIDERATIONS

4° CoxsipeREz l'incertitude du jour de vostre mort. O0 mon ame, vous sortrez un jour de ce corps. Quand sera-ce, sera-ce en hyver ou en esté? en la ville ou au village? de jour ou de nuict? sera-ce à l’impourveu, ou avec advertissement ? sera-ce de maladie ou d'accident? aurez-vous le loysir de vous confesser, ou non? serez-vous assistée de vostre confesseur et pere spirituel ou non? Helas! de tout cela nous n’en sçavons rien du tout; seulement cela est asseuré, que nous mourrons, et tousjours plustost que nous ne pensons.

2° Considerez qu’alors le monde finira, pour ce qui vous regarde : il n’y en aura plus pour vous, il renversera sens dessusdessous devant vos yeux : oùy, car alors les playsirs, les vanitez, les joyes mondaines, les affections vaines, nous apparoistront comme des phantosmes et nuages. Ah! chetive, pour quelles bagatelles et chimeres ay-je offensé mon Dieu? Vous verrez que nous avons quitté Dieu pour neant. Au contraire, la devotion, les bonnes œuvres vous sembleront alors si desirables et douces! O pourquoy n’ay-je suivi ce beau et gracieux chemin? alors les pechez, qui sembloient bien petits, paroistront gros comme des montagnes, et vostre devotion bien petite.

3° Considerez les grands et langoureux adieux que vostre ame dira à ce bas monde : elle dira adieu aux richesses, aux vanitez, aux vaines compaignies, aux playsirs, aux passe-tems, aux amys et voisins, aux parens, aux enfans, au mary, à la femme, bref; à toute creature, et en fin finale à son corps, qu’elle delaissera pasle, have, deffait, hideux et puant.

4° Considerez les empressemens qu’on aura pour lever ce corps-là, et le cacher en terre, et que, cela fait, le monde ne pensera plus gueres à vous, ny n'en fera plus memoire, non plus que vous n’avez gueres pensé aux autres. Dieu luy fasse paix, dira-t-on, et puis c’est tout. O mort que tu es inconsiderable, que tu es impiteuse!

5° Considerez qu'au sortir du corps l’ame prend son chemin, ou à droicte, ou à gauche. Helas! où ira la vostre? quelle voye tiendra-t-elle? non autre que celle qu’elle aura commencée en ce monde.

AFFECTIONS ET RESOLUTIONS

1° Priez Dieu, et vous jettez entre ses bras. Las! Seigneur, recevez-moy en vostre protection pour ce jour effroyable. Rendezmoy cette heure heureuse et favorable, et que plutost toutes les autres de ma vie soient tristes et d’affliction.

2° Mesprisez le monde. Puis que je ne sçay l'heure en laquelle il te faut quitter, d monde! je ne me veux point attacher à toy. O mes chers amis, mes cheres alliances, permettez-moy que je ne vous affectionne plus que par une amitié saincte, laquelle puisse durer eternellement; car, pourquoy m'unir à vous, en sorte qu'il faille quitter et rompre la liayson.

3° Je me veux preparer à cette heure, et prendre le soin requis pour faire ce passage heureusement : je veux asseurer l’estat de ma conscience de tout mon pouvoir, et veux mettre ordre à tels et tels manquemens.

CONCLUSION

Remerciez Dieu de ces resolutions qu'il vous a données; offrezles à sa Majesté; suppliez-la derechef, qu'elle vous rende vostre mort heureuse, par le merite de celle de son Fils. Implorez l’ayde de la Vierge et des Saincts. Pater, Ave.

Faites un boucquet de myrrhe.

Page 1