DES AFFECTIONS ET RESOLUTIONS , TROISIESME PARTIE DE LA MEDITATION
La meditation respand des bons mouvemens en la volonté, ou partie affective de nostre ame, comme sont l’amour de Dieu et du prochain, le desir du paradis et de la gloire, le zele du salut des ames, limitation de la vie de Nostre-Seigneur, la compassion, l'admiration, la resjouyssance, la crainte de la disgrace de Dieu, du jugement et de l'enfer, la hayne du peché, la confiance en la bonté et misericorde de Dieu, la confusion pour nostre mauvaise vie passée; et en ces affections, nostre esprit se doit espancher et estendre, le plus qu’il luy sera possible. Que si vous voulez estre aydée pour cela, prenez en main le premier tome des Meditations de dom André Capiha, et voyez sa Preface; car en icelle il monstre la façon avec laquelle 1l faut dilater ses affections ; et plus amplement le Pere Arias, en son Traitté de l’'Orayson.
Il ne faut pas pourtant, Philotée, s’arrester tant à ces affections generales, que vous ne les convertissiez en des resolutions speciales et particulieres pour vostre correction et amendement. Par exemple, la premiere parolle que Nostre-Seigneur dit sur la croix, respandra sans doute une bonne affection d'imitation en vostre ame, à sçavoir, le desir de pardonner à vos ennemys, et de les aymer; or, je dy maintenant que cela est peu de chose, si vous n’y adjoustez une resolution speciale de cette sorte : or sus (1) doncques, je ne me picqueray plus de telles parolles fascheuses, qu’un tel et une telle, mon voisin ou ma voisine, mon domestique ou ma domestique disent de moy, ny de tel et tel mespris qui m'est fait par celuy-cy ou celuy-là; au contraire, je diray et feray telle et telle chose pour le gaigner et adoucir, et ainsi des autres. Par ce moyen, Philotée, vous corrigeréz vos fautes en peu de tems, là où par les seules affections, vous le ferez tard et mal- “aysement.