‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 246 sur 355 · REMEDES AUX GRANDES TENTATIONS · texte numérisé non relu

REMEDES AUX GRANDES TENTATIONS

Sr tost que vous sentez en vous quelques tentations, faites comme les petits enfans quand ils voyent le loup ou l'ours en la campagne. Car tout aussi-tost ils courent entre les bras de leur pere et de leur mere, ou pour le moins les appellent à leur ayde et secours. Recourez de mesme à Dieu, reclamant sa misericorde et son secours : c’est le remede que Nostre-Seigneur enseigne : Priez, affin que vous n’entriez point en tentation.

Si vous voyez que neantmoins la tentation persevere, ou qu'elle accroisse, courez en esprit embrasser la saincte croix, comme si vous voyiez Jesus-Christ crucifié devant vous. Protestez que vous ne consentirez point à la tentation, et demandezluy secours contre icelle; et continuez tousjours à protester de ne vouloir point consentir, tandis que la tentation durera.

Mais, en faysant ces protestations et ces refus de consentement, ne regardez point au visage de la tentation, ains seulement regardez Nostre-Seigneur; car, si vous regardez la tentation, principalement quand elle est forte,-eHe pourroit esbranler vostre courage.

Divertissez vostre esprit par quelques occupations bonnes et loüables : car, ces occupations entrant dedans vostre cœur, et y prenant place, elles chasseront les tentations et suggestions malignes. ?

Le grand remede contre toutes tentations, grandes ou petites, c'est de desployer son cœur, et de communiquer les suggestions, ressentimens et affections que nous avons, à nostre directeur : car notez que la premiere condition que le malin fait avec l'ame qu'il veut seduire, c'est du silence, comme font ceux qui veulent seduire les femmes et les filles, qui de prime abord deffendent qu’elles ne communiquent point les propositions aux

peres, ny aux marys : où au contraire Dieu, en ses inspirations, demande sur toutes choses, que nous les fassions recognoistre par nos superieurs et conducteurs.

Que si, apres tout cela, la tentation s'opiniastre à nous travailler et persecuter, nous n'avons rien à faire, sinon à nous opiniastrer de nostre costé en la protestation de ne vouloir point consentir; car, comme les filles ne peuvent estre mariées pendant qu’elles disent que non, ainsi l'ame, quoy que troublée, ne peut jamais estre offensée pendant qu'elle dit que non.

Ne disputez point avec vostre ennemy, et ne luy respondez Jamais une seule parolle, sinon celle que Nostre-Seigneur luy respondit, avec laquelle il le confondit : Arriere, à Satan ; tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et à luy seul serviras. Et comme la chaste femme ne doit respondre un seul mot, ny regarder en face le vilain poursuivant, qui luy propose quelque deshonnesteté ; mais le quittant tout court doit à mesme instant retourner son cœur du costé de son espoux, et rejurer la fidellité qu’elle luy a promise, sans s'amuser à barguigner(1) : ainsi la devote ame, se voyant assaillie de quelque tentation, ne doit nullement s'amuser à disputer ny respondre ; mais tout simplement se retourner du costé de Jesus-Christ son espoux, et luy protester derechef de sa fidellité, et de vouloir estre à jamais uniquement toute sienne.

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