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qu'il semble que tout ce que vous ferez en ce tems-là se fasse froidement, tristement et laschement, ne laissez pourtant pas de le fayre. Car l’ennemy, qui pretend de nous allanguir aux bonnes œuvres par la tristesse, voyant que nous ne laissons pas de les fayre, et qu’estant faites avec resistance elles en valent mieux, 1l cesse de nous plus affliger.
Chantez les cantiques spirituels; car le malin à souvent cessé son operation par ce moyen, tesmoin l'esprit qui assiegeoit ou possedoit Saül, duquel la violence estoit reprimée par la psalmodie.
Il est bon de s'employer aux œuvres exterieures, et les diversifier le plus que l’on peut, pour divertir l’ame de l’objet triste, purifier et eschauffer les esprits, la tristesse estant une passion de la complexion froide et seiche.
Faites des actions exterieures de ferveur, quoyque sans goust, embrassant l’image du Crucifix, la serrant sur la poictrine, luy baysant les pieds et les mains, levant vos yeux et vos mains au ciel, eslançant vostre voix en Dieu par des parolles d'amour et de confiance, comme sont celles-cy : Mon bien-aymé est à moy, et moy à luy; mon bien-aymé m'est un boucquet de myrrhe, 1 demeurera entre mes mammelles. Mes yeux se fondent sur vous, 6 mon Dieu, disant : Quand me consolerezvous ? O Jesus, soyez-moy Jesus : vive Jesus, et mon ame vivra. Qui me separera de l'amour de mon Dieu? et semblables.
La discipline moderée est bonne contre la tristesse, parce que cette volontaire affliction exterieure impetre la consolation interieure, et l'ame, sentant des douleurs de dehors, se divertit de celles qui sont au dedans : la frequentation de la saincte communion est excellente, car ce pain celeste affermit le cœur, et resjouyt l’esprit.
Descouvrez tous les ressentimens, affections et suggestions qui proviennent de vostre tristesse à vostre conducteur et confesseur, humblement et fidellement; cherchez les conversations des personnes spirituelles, et les hantez le plus que vous pourrez pendant ce tems-là. Et en fin finale, resignez-vous entre les mains de Dieu, vous preparant à souffrir cette ennuyeuse tristesse patiemment, comme juste punition de vos vaines allegresses ; et ne doubtez nullement que Dieu, apres vous avoir esprouvée, ne vous delivre de ce mal.