CHAPITRE PREMIER
QUIL FAUT CHAQUE ANNÉE RENOUVELLER LES BONS PROPOS PAR LES EXERCICES SUIVANS.
LE premier poinct de ces exercices consiste à bien recognoistre leur importance. Nostre nature humaine decheoit aysement de ses bonnes affections, à cause de la fragilité et mauvaise inclination de nostre chair, qui appesantit l’ame et la tire tousjours contre bas, si elle ne s’esleve souvent en haut, à vive force de resolution, ainsi que les oyseaux retombent soudain en terre, s'ils ne multiplient les eslancemens et traicts d’aisles, pour se maintenir au vol. Pour cela, chere Philotée, vous avez besoin de reïterer et repeter fort souvent les bons propos que vous avez fait de servir Dieu, de peur que ne le faysant pas, vous ne retombiez en vostre premier estat, ou plutost en estat beaucoup pire; car les cheutes spirituelles ont cela de propre, qu’elles nous precipitent tousjours plus bas que n’estoit l’estat duquel nous estions montez en haut à la devotion. Il n’y a point d’horloge, pour bon qu'il soit, qu'il ne faille remonter, ou bander deux fois le jour, au matin et au soir; et puis outre cela, il faut qu'au moins une fois l’année, on le demonte de toutes pieces, pour oster les roüilleures qu'il aura contractées, redresser les pieces forcées, et reparer celles qui sont usées. Ainsi, celuy qui a un vray soin de son cher cœur, doit le remonter en Dieu au soir et au matin, par les exercices marquez cy-dessus ; et outre cela il doit plusieurs fois considerer son estat, le redresser et accommoder ; et enfin, au moins une fois l’année, il le doit demonter, et regarder par le menu toutes les pieces, c’est-à-dire, toutes les affections et passions d’iceluy, affin de reparer tous les deffauts qui y peuvent estre. Et comme l'horloger oint avec quelque huyle delicate les rouës, les ressorts et tous les mouvans de son horloge, affin que les mouvemens se fassent plus doucement, et quil soit moins subjet à la roüilleure : ainsi, la per-