‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 330 sur 355 · PROSE DU TRES-SAINCT SACREMENT DE L’AUTEL · texte numérisé non relu

PROSE DU TRES-SAINCT SACREMENT DE L’AUTEL

Sion, celebrez la gloire de vostre Sauveur; chantez des hymnes et des cantiques à la louange de vostre chef et de vostre pasteur.

Emplovyez tous les efforts dont vous estes capable, car il est au-dessus de toute louange, et vous ne pouvez le louer autant qu’il le mérite.

Quel subjet de louange! Un pain vivant et vivifiant nous est présenté en ce jour.

Nous croyons fermement que c'est ce pain qu'il a donné à ses douze Apostres dans le dernier repas qu'il fit avec eux.

Lauda, Sion, Salvatorem, Lauda ducem et Pastorem, In hymnis et canticis.

Quantüm potes tantüm aude, Quia major omni laude, Nec laudare sufficis.

Laudis thema specialis, Pani svivus et vitalis, Hodiè proponitur.

Quem in sacræ mensâ cœnæ Turbæ fratrum duodenæ Datum non ambigitur.

HYMNES ET PRIERES

Sit laus plena, sit sonora, Sit jucunda, sit decora Mentis jubilatio.

Dies enim solemuis agitur, In quâ mensæ prima recolitur Hüjus institutio.

In hâc mensâ novi regis, Novum Pascha, novæ legis Phase vetus terminat.

Vetustatem novitas, Umbram fugat veritas, Noctem lux eliminat.

Quod in cœnûâ Christus gessit, Faciendum hoc expressit In sui memoriam.

Docti sacris institutis, Panem, vinum , in salutis Consecramus hostiam.

Dogma datur christianis, Quod in carnem transit panis, Et vinum in sanguinem.

Quod non capis, quod non vides, Animosa firmat fides Prætor rerum ordinem,

Sub diversis speciebus, Signis tantüm, et non rebus, Latent res eximiæ.

Caro cibus, sanguis potus, Manet tamen Christus totus Sub utrâque specie.

À sumente non concisus,

Non confractus, non divisus, Integer accipitur.

Sumit unus, sumunt mille, Quantüm isti, tantüm ille; Nec sumptus consumitur.

Sumunt boni, sumunt mali,

LE

Faisons retentir ses louanges de toutes parts, accompagnons-les de joie, et faysons éclater les transports de nostre cœur.

Car nous celebrons la solemnité de ce jour qui nous rappelle la memoire et l’origine de l’institution de cet auguste sacrement. ;

La pasque de la loi nouvelle met fin.

dans cette table du nouveau roy, à toutes les anciennes figures.

Les anciens sacrifices sont abolis par une nouvelle victime, les ombres sont dissipées par la verité, les tenebres obscures de la nuict sont chassées par l’esclat de la lumiere.

Jesus-Christ nous a ordonné de faire en memoire de luy ce qu'il a fait luy-mesme dans ce dernier souper.

Instruits par de si saincts preceptes, nous consacrons le pain et le vin, ; qui se changent en la victime de nostre salut.

C’estun dogme parmyles chrestiens, que le pain est changé au corps du Seigneur, et le vin en son sang.

Il n'y'a qu’une foy vive et animée qui, s’eslevant au-dessus de l’ordre de la nature, nous fait croire fermement ce que nous ne pouvons ny voir ny comprendre. s

Des choses merveilleuses sont con; tenues sous differentes especes. qui perdent leur substance, n'en conservant que les seules apparences:

La chair de Jesus-Christ devient une nourriture, son sang devient :un breuvage; et il demeure tout entier sous les deux especes.

On peut rompre les especes, mais Jesus-Christ n’est point divisé; celuy qui le reçoit, le reçoit tout entier.

Qu'un seul ou que mille le reçoivent, un seul reçoit autant que mille; tous s’en nourrissent sans le consumer. €

Les justes et les pecheurs s’en ap- :

prochent esgalement; mais, hélas!

quel sort different ! les uns y treuvent la vie, et les autres la mort.

Les pecheurs y treuvent la mort, les justes y reçoivent la vie. Considerez les effects differens que produit une communion qui est la mesme à l'exterieur.

Quoyque les especes soient divisées, que vostre foy, loin de chanceler, vous fasse ressouvenir que chaque partie en contient autant que le tout ensemble.

En rompant les especes on ne rompt pas le corps de Jesus-Christ, il ne souffre pas la moindre alteration.

Voicy le pain dés anges qui est devenu la nourriture des hommes sur la terre : c’est le vray pain des enfans, et il ne faut pas le jeter aux chiens.

L'immolation d’Isaac, le sacrifice de l'agneau paschal, et la manne qui servoit de nourriture à nos peres, ont esté les figures de ce mystere adorable.

O Jesus, qui estes le bon pasteur et le pain veritable, regardez-nous favorablement, et daignez nous nourrir, nous proteger, et nous accorder la possession des biens eternels dans Ja terre des vivans.

Vous qui cognoissez tout, et qui pouvez tout; vous qui estes nostre nourriture dans cette vie mortelle, faites qu’apres avoir participé à vostre table sacrée, nous ayons aussi part à l’heritage et à la societé des saincts.

Ainsi soit-il.

Sorte tamen inæquali, Vitæ vel interitûs.

Mors est malis, vita bonis.

Vide paris sumptionis, Quâm sit dispar exitus.

Fracto demüm sacramento, Ne vacilles, sed memento Tantüm esse sub fragmento Quantüm toto tegitur.

Nulla rei fit scissura, Signi tantüm fit fractura, Quû nec status nec statura Signati minuitur.

Ecce panis angelorum, Factus cibus viatorum , Verè panis filiorum :

Non mittendus canibus.

In figuris præsignatur, ‘ Cum Isaac immolatur, Agnus Paschæ deputatur, Datur manna patribus.

.Bone pastor, panis vere, Jesu, nostri miserere :

Tu nos pasce, nos tuere, Tu nos bona fac videre In terrâ viventium.

Tu qui cuncta scis et vales, Qui nos pascis hic mortales, Tuos ibi commensales, Cohæredes et sodales Fac sanctorum civium. Amen.

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