DCIII
S. Fratiçois de Sales, à une Supérieure de la Visitation.
Dans les couvens de la Visitation la communication avec le confesseur extraordinaire doit estre libre, mais sans affection et sans détriment de la Règle (1).
Paris, 21 janvier 1619.
Ma tres-chere fille, pour les poincts que vous me marquez, il ne faut nullement altérer la règle du confesseur extraordinaire, ny aussi estonnerles sœurs infirmes qui ont appétit d'avoir communication avec le confesseur extraordinaire plus souvent que quatre fois l'année ; mais il faut que si les sœurs n'ont pas la confiance de demander à parler à luy, luy-mesme la doit avoir de demander à parler à elles quelquesfois ; et, s'il ne Tavoit pas , il faut que vous la luy donniez , si c'est un Père qui la puisse recevoir.
Car, comme il faut pourvoir d'une juste liberté aux sœurs pour la communication , aussi les faut-il tenir dans la règle de la simplicité et humilité; et il n'est pas raysonnable que la foiblesse de quelques-unes fasse multiplier les confessions extraordinaires à toute la Congrégation , et mette en tristesse et ennuy le pauvre confesseur ordinaire.
Bref, si chaque sœur veut estre libre de croire en ses appétits intérieurs, la sousmission et lyaison se perdra, et avec elle la Congrégation; de quoy Dieu nous veuille garder! Celles donc qui voudront communiquer extraordinairement, qu'elles le fassent en l'esprit d'une douce liberté; qu'elles se confessent, s'il leur plaist, en communiquant, sans solliciter les autres au mesme désir, et sans les forcer par menées à les imiter.
Icy nous taschons à vaincre les tentations (2) suscitées coiltre l'institution de la Visitation , et espère que nous le ferons. Dieu vous bénisse! Vostre tres-humble , etc.
DCIV.