REPONSE A UNE ACCUSATION
Les ennemis de la Révolution profitaient de la misère qui régnait alors pour nouer d'incessantes intrigues à la faveur du mécontentement public. C'est à un mouvement de cette sorte qu'il faut attribuer les incidents qui troublèrent, le H et le 12 février 1793, les séances de la Convention. Des pétitionnaires demandèrent d'un ton menaçant à être introduits à la barre. Éconduits le H, ils revinrent le 12, et furent admis. Marat parla avec violence contre cette manifestation désordonnée : « Ne vous y trompez pas, citoyens, dit-il : c'est ici une basse intrigue. Je pourrais nommer ici des individus notés d'arislocratie ; mais lesmesures que je propose serviront à les faire connaître et h couvrir de honte les auteurs. Je demande que ceux qui en auront imposé à la Convention soient poursuivis comme perturbateurs du repos public. » Au cours des explications qu'il présenta, l'orateur de la députation lit une allusion à Saint-Just. Il dit : « Ce matin, arrivé dans cette enceinte, nous nous sommes entretenus avec un de vos membres; il nous a dit qu'après la lecture de la pétition, il faudrait demaader que la Convention s'occupât, toute affaire cessante, de faire une loi sur les subsistances pour la République entièrn...)) Comme on demandait le nom de ce député, le pétitionnaire répondit : « On m'a dit qu'il s'appelle Saint-Just; mais je ne le connais pas. >» Ainsi représenté comme un des organisateurs de cet incident tumultueux, Saint-Just monta à la tribune pour s'expliquer et rétablir la vérité des faits.
Quand je suis entré ce matin dans celte assemblée, on distribuait une pétition des quarante-huit sections de Paris, dans laquelle je suis cité d'une manière désavantageuse. Je fus à la salle des conférences, où je demandai à celui qui devait porter la parole, si j'avais démérité dans l'esprit des auteurs de la pétition : il me dit que non; qu'il me regardait comme un très bon patriote. Je lui demandai les moyens qu'il voulait proposer : une personne me présenta du blé noir dans sa main, et me dit qu'il y en avait beaucoup de cette espèce débarqué au port Saint-Nicolas. Je lui dis : « Quelle que soit votre position, je vous invite à ne point agir avec violence : calmez-Yous, et demandez une loi générale. Si la Convention ajourne votre proposition, alors je demanderai la parole, et je suivrai le fil des vues que j'ai déjà présentées. » Citoyens, je n'ai point dit autre chose.