‹ Œuvres complètes de Saint-Just: avec une introduction et des notes,par Charles VellayChapitre 49 sur 150 · CHAPITRE 11 Des principes de la Constltulion Française · texte numérisé non relu

CHAPITRE 11 Des principes de la Constltulion Française

Les anciens législateurs avaient tout fait pour la république, la France a tout fait pour Thomme.

La politique ancienne voulait que la fortune de l'État retournât aux particuliers, la politique moderne veut que le bonheur des particuliers retourne à TEtat. La première rapportait tout à la conquête, parce que l'Etat était petit, entouré de puissances, et que de son destin dépendait le destin des individus ; la seconde ne tend qu'à la conservation, parce que TEtat est vaste, et que du destin des individus dépend le destin de l'empire.

Plus les républiques ont un territoire étroit, plus les lois doivent être sévères, parce que les périls sont plus frô- ({uents, les mœurs plus ardentes, et qu'un seul peut entraîner tout le monde. Plus la républi<[ue est étendue, plus les lois doivent être douces, parce (|ue les périls sont rares, les mœurs calmes, et que tout le monde se porterait vers un seul.

Les rois ne purent tenir contre la sévérité des lois de Rome naissante; cette sévérité, quoiqu'excessivement émoussée, rétablit les rois dans Rome agrandie.

Les droits de l'homme auraient perdu Athènes ou Lacédémone; là, on ne connaissait que sa chère patrie, on s'oubliait soi-même pour elle. Les droits de Thomme affermissent la France; ici la patrie s'oublie pour ses enfants.

Les vieux républicains se dévouaient aux fatigues, au carnage, à l'exil, à la mort, pour l'honneur de la patrie; ici la patrie renonce à la gloire pour le repos de ses enfants, et ne leur demande que la conservation.

CHAPITRE m Du rapport^ de la nalure et des prrincipes de la Constitution.

Si la démocratie de France ressemblait à celle que les Anglais tâchèrent d'établir vainement., ^^\ç.^ q^^Xv^^^^x^^^^

2rS ŒUVUES COMPLETES DE SAINT-JL'ST

n^était que présomptueux ; si son aristocratie était celle de la Pologne, dont la violence est le principe; si sa monarchie tenait de la plupart de celles de l'Europe, où la volonté du maître est l'unique loi, le choc de ces pouvoirs les aurait bientôt détruits; c'est ce qu'ont pensé ceux qui prétendent qu'ils se déchireront un jour. Mais je prie qu'on examine combien est saine la complexion de la France; la présomption n'est point l'âme de sa démocratie, mais la liberté modérée ; la violence n'est point le ressort de son aristocratie, mais l'égalité des droits; la volonté n'est point le mobile de sa monarchie, mais la justice.

De la nature de la liberté'.

La nature de la liberté est qu'elle résiste à la conquête et à Toppression; conséijuemment elle doit être passive. La France la bien senti; la liberté qui concjuierl doit se corrompre; j*ai tout dit.

De la nature de VéyalUé.

Cnlle qu'institua Lj/curgue^ ([ui partagea les terres, maria les filles sans dot, ordonKa que tout le monde prendrait ses repas en public, et se couvrirait du même vêtement, une toile égalité relative à Futile pauvreté de la répiibli(ine n'ont amené en France que la révolte ou la paresse; l'égalité des droits politiques seule était sage dans cet Ftat où le commerce est une partie du droit des gens, comme Je le dirai ailleurs. L'égalité naturelle est bonne là où le peuple est despote et ne paye pas de tributs. Qu'on suive les conséquences d'une pareille condition par rapport à une constitution mixte.

De la nature de In justice.

La justice est rendue en France au nom du monarque, protecteur des lois, non par la volonté, mais par la bouche du magistrat, ou de l'ambassadeur, et celui qui aprévariqué n'a point offensé le monarque, mais la patrie.

Du principe de la liberté.

La servitude consiste à dépendre de lois injustes; la liberté, de lois raisonnables; la licence, de soi-même. Je savais bien que les Belges ne seraient point libres, ils ne se donnèrent point de lois.

Du principe de légalité.

L'esprit de l'égalité n'est point que Thomme puisse dire à l'homme : je suis aussi puissant que toi. Il n'y a point de puissance légitime ; ni les lois ni Dieu même ne sont des puissances, mais seulement la théorie de ce qui est bien. L'esprit de l'égalité est qu,e chaque individu soit une portion égale de la souveraineté, c'est-à-dire du tout.

Du principe de la justice.

Elle est l'esprit de tout ce qui est bon, et le comble de la sagesse, qui, sans elle, n'est qu'artifice et ne peut longtemps prospérer. Le fruit le plus doux de la liberté, c'est la justice, elle est la gardienne des lois, les lois sont la patrie. Elle entretient la vertu parmi le peuple et la lui fait aimer; au contraire, si le gouvernement est inique, le peuple ([ui n'est juste ([u'autant que les lois le sont et l'y intéressent, devient trompeur et n'a plus de patrie.

Je ne sache point que le but politique d'aucune constitution ancienne ou moderne ait été la justice et l'ordre intérieur; la première qui l'ait eu en vue, est celle de France; toutes les autres, portées vers la guerre, la domination et l'or, nourrissaient le germe, de leur destruction; la guerre, la domination et l'or les ont corrompues; le gouvernement est devenu sordide, le peuple, avare et fou.

Conséquences.

Un peuple est libre quand il ne peut être opprimé ni conquis, égal quand il est souverain, juste ((^uand II <i^t. réglé par des lois.

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