Histoire de la Révolution française y VII, p
INTUODL'CTION xix
la contemplèrent un jour en ont gardé dans les yeux et dans le cœur un ébloiiissement impérissable. Barère lui-même, le triste liarère, qui fut un des ouvriers les plus actifs du 9 lliermidor, sentait, dans sa vieillesse, peser sur lui les ombres des justes. Il sanglotait en songeant à la mort de Robespierre, et il écrivait sur Saint-JusL ces lignes (|ui sont la glorification de la victime et la condamnation des assassins :
« S'il eut vécu dans le temps des Républiques grecques, il aurait été Spartiate. Ses Fragments prouvent qu'il aurait clioisi les institutions de Lycurgue: il a eu le sort AWgis et de Clromènr,
« S'il fut né Romain, il eût fait des révolutions comme Marins, mais n'aurait jamais opprimé comme Syila. Il exécrait la noblesse autant qu'il aimait le peuple.
(( Sa manière de Taimer ne convenait sans doute ni à son pays, ni à son siècle, ni à ses contemporains, puisqu'il a péri; mais du moins il a laissé en France et au XVI II' siècle une forte trace de talent, de caractère et de républicanisme.
« Son slyle était laconique, son caractère élait austère; ses nueurs politiques sévères : quel succès pouvait-il espérer?
« Ce qui distingue l'esprit de Saint-Just est l'audace. C'est lui qui a dit le premier fjuc le secret de la Révolution est dans Ir mot osez; et il a osé.,,
« C'est lui qui a dit rjue le repos des révolutionnaires est dans la tmnhe^ et il y est descendu à vingt-sept ans.
XX INTRODUCTION
« Il avait beaucoup lu Tacite et Montesquieu, ces deux hommes de génie qui abrégeaient tout parce qu'ils voyaient tout. Il en avait pris le style vif, concis et épigrammatique; il avait quelquefois la manière forte, incisive et profonde de ces deux écrivains politiques*. »
Pendant près d*un siècle, à travers la vicissitude des régimes, le culte des héros révolutionnaires n'a point subi d'éclipsé. Ils apparaissaient aux historiens comme la plus magnifique génération d'hommes. Nourris de Montesquieu, de Rousseau, et de tout le génie des républiques anciennes, ils avaient voulu faire revivre, au milieu du monde moderne, « la vertueuse el simple antiquilé ))^ La noblesse de leur idéal et le désintéressement de leurs efforts n'avaient jamais été contestés. Mais il semble que le désordre et les bas instincts n'aient plus, aujourd'hui, laissé de place au respect des grandes pensées, Tainc a ouvert l'âge des nouveaux pamphlets contre-révolutionnaires. Gonflé de colère, il s'est plu à insulter des dieux indifférents dont il n'a pu voiler la gloire. Derrière lui, le troupeau grossier des imitateurs s'est bousculé dans son sillage, ramassant les mêmes injures et répétant les mêmes mensonges. Mais rien ne prévaut contre la vérité. En vain, Courtois détruit ou dénature les documents qu'il découvre chez
i. Barère, Mémoires, i. IV, p. 407 sq.