CHAPITRE XII De la Procédure criminelle
Bienheureuse la contrée du monde où les lois protectrices de l'innocence instruiraient contre le crime avant de présumer son auteur jusqu'à ce que ce crime l'accusât luimême, où Ton instruirait ensuite, non plus pour le trouver coupable, mais pour le trouver faible, où Taccusé récuserait non-seulement plusieurs juges mais plusieurs témoins, où il informerait lui-même contre eux après la sentence, et contre la loi et contre la peine; et bienheureuse mille fois la contrée où la peine serait le pardon; le crime y rougirait bientôt, au lieu qu'il ne peut pâlir.
La France a demandé à grands cris à TAssemblée nationale la réforme de sa procédure criminelle; elle a commencé par le décret qui accorde à l'accusé un conseil, une instruction publique et quelques récusations; c'était assez pour lors, et surtout après la tyrannie; le mal doit disparaître avec mesure, et il est bon de changer les mœurs avant les peines.
L'arbre du crime est dur, la racine en est tendre; rendez les hommes meilleurs qu'ils ne sont, et ne les étranglez pas.