CHAPITRE XV Du Monarque et du Ministère
Les uns croyaient qu'être libres c'était ne plus avoir d'intendants, de commis, de corvées, de chasses exclusives; là se bornait l'égoïsme des esclaves; d'autres, qui ne consultaient que leur vertu et leur folie, crurent qu'il ne fallait ni rois, ni ministres; c'était le délire des gens de bien; mais qu'on se figure ce que fût devenue la liberté si l'arislocratie eut mis à la place des ministres du pouvoir exécutif les comités de la puissance législative, si au lieu d'être des bureaux passifs déjà redoutables, c'eut été des magistratures.
La sagesse ne pouvait mettre une trop forte barrière
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entre la législature et Texécution; elle se signala surtout par cette loi, qui ne permet point aux membres du corps législatif de prétendre au ministère qu'après deux ans d'interruption, ni d'exercer aucune magistrature, aucun office pendant leur session. Il faut ([ue des hommes aient été bien pénétrés de la nécessité de leurs principes pour aroir, contre eux-mêmes, porté cette profonde discipline. Avouons-le ingénuement, ceux qui les censurent uont point eu Tesprit de les développer ; comment les surpasseraient-ils?
Olez le ministère de TÉtat, vous en ôtez les rois, la monarchie n'est plus; ce n'est point que cette institution politique n'ait eu de grands abus, mais elle n'a plus conservé qu'un pouvoir relatif. Le législateur usa peu à peu ses lois arbitraires. On établit la responsabilité qu'on ne pressa point diins les premiers temps, parce qu'on prévit qu'elle rendrait le peuple licencieux. La constitution se raidit souvent contre le peuple, ou il l'aurait violée. Il est admirable de voir comment l'assemblée nationale ferma Toreille aux cris de la multitude qui demandait tantôt les comptes, tantôt le renvoi des ministres.