ACTE V, SCENE V
Shallow. Nom d'un coq et d'une pie, Monsieur, tous ne partirez pas ce soi
(Acte V, se. I.)
Le koi Henri V. — Vous me regardez tous d'une manière étrange, et vous (au grand juge), plus que tous les autres : vous êtes sûr, j'imagine, que je ne vous aime pas.
Le grand juge — Ce dont je suis sûr, c'est que si je suis droitement jugé, Votre Majesté n'a aucune juste cause de me haïr.
Le roi Henri V. — Non ! Comment un prince porteur de si grandes espérances aurait-il pu oublier les indignités énormes que vous m'avez fait subir? Comment! réprimander, gourmander, envoyer en prison l'héritier immédiat du trône d'Angleterre! était-ce là une légère offense? cela peut-il être plongé dans le Lethé et être oublié?
Le grand juge. — Je représentais alors la personne de votre père, j'étais alors l'image de son pouvoir, et pendant que j'étais occupé à rendre la justice, pendant que je m'employais au service de
la société, il plut à Votre Altesse d'oublier ma place, la majesté et la puissance, de la loi et de la justice, l'image du roi que je représentais, et vous me frappâtes sur mon siège même déjuge; alors, je fis pleinement usage de mon autorité, et je vous fis arrêter, comme offenseur envers votre père. Si cet acte fut coupable, alors tenez pour un bonheur, maintenant que vous portez la couronne, d'espérer un fils qui mettra vos décrets à néant, qui arrachera la justice de votre banc vénérable, qui arrêtera le cours de la loi et émoussera le glaive gardien de la paix et de la sûreté de votre personne, un fils qui, pis encore, méprisera votre très-royale image et moquera vos œuvres dans celui qui est comme votre seconde personne. Interrogez vos royales pensées, supposez que ce cas soit le votre ; soyez maintenant le père et supposez-vous un fils; entendez dire que Votre Majesté
LE ROI HENRI IV
■a été si fortement profanée, voyez vos lois les plus redoutables traitées avec cette légèreté, contemplez vous dédaigné par un fils, et puis imaginezmoi tenant votre personnage et investi de votre pouvoir, laissant passer doucement sous silence les actes de votre fils. Quand vous aurez froidement examiné ce cas, jugez-moi, et puisque vous êtes roi, dites, au nom de votre autorité, si ce que j'ai fait ne convenait pas à ma place, à ma personne et à la souveraineté démon Suzerain.
Le koi Hexei V. — Vous avez raison, juge, et vous pesez bien la chose : aussi continuez à porter la balance et l'épée : je souhaite que vos honneurs puissent s'accroître et votre vie se prolonger jusqu'au jour où vous pourrez voir un 'de mes fils vous offenser et vous obéir comme je le fis. Et moi puissé-je vivre pour répéter ce jour-là les paroles de mon père : « heureux je suis d'avoir un homme assez énergique pour exercer la justice sur mon propre fils, et non moins heureux d'avoir un fils qui peut consentir à remettre ainsi ■•sa grandeur entre les mains de la justice. » Vous me mîtes en prison, et c'est pourquoi je mets en vos mains le glaive sans tache que vous aviez l'habitude de porter, en vous priant d'en user avec le même énergique, juste et impartial courage que vous avez montré contre moi. Voici ma main; vous serez comme un père pour ma jeunesse; ma voix parlera selon que vous conseillerez mon oreille, et je saurai soumettre humblement mes volontés à votre direction sage et expérimentée. Et maintenant, princes, vous tous, crovez-moi, je vous en conjure'; mon père est descendu dans la tombe possesseur de ma folie, car tout ce qui était moi est enfermé dans son sépulcre, et je survis possesseur en échange de son sérieux esprit par lequel je me propose de bafouer l'attente du monde, de démentir les prophéties et de détruire la mauvaise opinion qui m'a jugé sur l'apparence. Le cours de mon sang a été jusqu'à présent celui d'une fougueuse vanité; maintenant, ce cours va changer, et se porter vers sa mer véritable, où il se mêlera avec les grands conseils des flots pour couler désormais avec une majesté sérieuse. Nons mandons aujourd'hui notre haute cour du parlement, et nous voulons choisir de tels membres de noble conseil que le grand corps de notre État pourra marcher de pair avec les nations les mieux gouvernées, et que la paix ou la guerre, ou toutes deux à la fois, seront pour nous choses faciles et
d'expérience familière, {au grand juge) et dans ces affaires, vous, mon père, vous aurez la plus haute main. Notre couronnement terminé, nous manderons comme je l'ai dit, tout notre État, et si Dieu veut exaucer mes bonnes intentions, ni prince ni pairn'aura juste cause de dire : « puisse le ciel abréger d'un jour l'heureuse vie d'IIarry. » {Ils sortent.)