ACTE III, SCENE V
Fluellen. A Ju prèc/te, cliiens! filez vite,
(Acte IU, se. il.)
ils pris celte vaillance? Leur climat n'est-il pas brumeux, âpre et sombre, et le soleil pâle qui l'éclairé comme par dépit ne tue-t-il pas leurs fruits par ses regards de mauvaise bumeur? Estce que leur jus d'herbes, tisane bonne pour des rosses éreintées, leur breuvage d'orge, peut infuser à leur sang froid une aussi vaillante chaleur? Et notre sang si vif, à nous, émoustillé par le vin, va-t-il paraître gelé ! Oh! pour l'honneur de notre terre, ne restons pas là à pendre, comme des guirlandes de glaçons autour des toits de nos maisons, tandis qu'un peuple plus gelé sue à flots une vaillante jeunesse sur nos riches campagnes que nous pouvons dire pauvres seulement par leurs maîtres naturels.
Le dauphin. — Par la foi et l'honneur, nos Dames se moquent de nous et nous disent nettement que notre vaillance est sur les dents, et
qu'elles offriront leurs corps à l'ardeur des jeunes Anglais pour repeupler la France avec de vaillants bâtards.
Le duc de Bourbon. — Elles nous renvoient aux écoles de danse d'Angleterre pour y apprendre les voltes aux grands sauts et les courantes rapides, en disant que toute notre grâce est dans nos seuls talons et que nous sommes de trèslestes fuyards.
Le roi Charles. — Où est Montjoie, le héraut? faites-le partir d'ici en toute hâte et qu'il aille présenter à Angleterre notre défi tranchant. Debout, princes ! et marchez au combat avec un sentiment d'honneur mieux aiguisé encore que vos épées. Charles d'Albret, grand connétable de France ; vous, ducs d'Orléans, de Bourbon et de Berry, d'Alençon , de Brabant , de Bar et de Bourgogne ; Jacques Châtillon , Bambures, Vau-
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LE ROI HENRI V
démont, Beaumont, Roussi, Grandpré et Fauconberg, Foix , Lestrales, Bouciquault et Cha rolois, grands ducs, puissants princes, barons, seigneurs et chevaliers, vous qui êtes grands par vos titres, épargnez-vous aujourd'hui de grandes hontes. Arrêtez Harry d'Angleterre qui balaye notre pays avec des pennons teints dans le sang d'Harfleur : précipitez-vous sur son armée comme fait la neige fondue dans la vallée, lorsque les Alpes crachent et déchargent leurs humeurs sur ses profondeurs vassales : tombez sur lui, vos forces vous le permettent, et amenez-nous-le prisonnier à Rouen sur un char de captivité.
Le connétable. — Voilà le langage de la grandeur. Je suis désolé que ses forces soient si peu nombreuses, ses soldats malades et affamés dans leur marche ; car je suis sûr que, lorsqu'il verra notre armée, il laissera tomber son cœur dans l'abîme de la crainte, et que, pour tout exploit, il nous offrira sa rançon.
Le koi Charles. — En conséquence, Seigneur connétable, dépêchez en toute hâte Montjoie ; qu'il dise à Angleterre que nous lui envoyons demander quelle rançon il consent à donner. Prince Dauphin, vous resterez avec nous à Rouen.
Le dauphin. — Non , j'en conjure Votre Majesté.
Le roi Charles. — Eésignez-vous, car vous resterez avec nous. Maintenant, en avant, Seigneur connétable, et vous tous, princes, et rapportez-nous bien vite la nouvelle de la défaite d'Angleterre. (Ils sortent.)