‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 219 sur 447 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

Premier gardien. Milord, votre affectueux neveu est arrivé Mortimer. Richard Plantagenet, mon parent, est-il venu?

(Acte II, se. v.)

ses ennuis, à lui, fussent également terminés de façon qu'il pût recouvrer ce qui a été perdu.

Entre RICHARD PLANTAGENET.

Premier gardien. — Milord, votre affectueux neveu est arrivé.

Mortimer. — Richard Plantagenet, mon parent, est-il venu ?

Richard Plantagenet. — Oui, mon noble oncle, qui êtes si ignoblement traité, voici venir votre neveu, Richard, si méprisé récemment.

Mortimer. — Dirigez mes bras afin que je puisse entourer son cou et rendre mon dernier souffle sur son sein. Oh ! avertissez-moi quand mes lèvres toucheront ses joues, afin que je puisse lui donner tendrement un faible baiser. Maintenant, explique-moi, doux rejet m du grand arbre

d'York, pourquoi tu m'as dit que tu avais été récemment méprisé?

Richard Plantagenet. — Incline d'abord sur mon bras ton corps âgé, et quand tu seras ainsi à l'aise, je te dirai mon malaise. Aujourd'hui, dans la discussion d'une affaire de droit, quelques mots ont été échangés entre Somerset et moi; et dans le cours de la discussion, il lâcha la bride à sa langue et me reprocha la mort de mon père ; ce reproche me ferma la bouche, autrement je lui aurais rendu ce qu'il me donnait. Ainsi, mon bon oncle, au nom de mon père, au nom de l'honneur d'un vrai Plantagenet, au nom de notre parenté, dites-moi pour quelle cause mon père, le comte de Cambridge, perdit la tête.

Mortimer. — La même cause, mon beau neveu, qui m'a fait emprisonner, et qui m'a fait passer tout le temps de ma florissante jeunesse

LE ROI HENRI VI

dans un donjon infect pour y languir, fut l'instrument maudit de sa mort.

Richard Plantagenet. — Expliquez-moi plus clairement quelle fut cette cause, car je l'ignore et je ne puis deviner.

Mortimer. — Je vais le faire, si mon souffle qui s'épuise me le permet, et si la mort ne me saisit pas avant que mon récit soit achevé. Henri le quatrième, grand-père de ce roi-ci, déposa son cousin Richard, fils d'Edouard, le premier né et le légitime héritier du roi Edouard, le troisième de cette ligne de descendance. Durant le règne de Henri, les Percy du Nord, trouvant très-injuste son usurpation, s'efforcèrent de me faire monter au trône : la raison qui poussa à cet acte ces Lords belliqueux, fut (le jeune roi Richard ainsi déposé ne laissant pas d'héritiers engendrés de son sang) que j'étais le premier par ma naissance et ma parenté ; car par ma mère je dérive de Lionel, duc de Clarence, troisième fils du roi Edouard le troisième, tandis que lui, Henri, ne tirait son origine que de Jean de Gand,le quatrième seulement de cette ligne héroïque. Mais vois, en s'efforçant d'établir sur le trône l'héritier légitime, ils perdirent leurs vies, et je perdis, moi, ma liberté, dans cette grande et haute entreprise. Longtemps après, lorsque Henri le cinquième, succédant à son père Bolingbroke, commença son règne, ton père, le comte de Cambridge, qui dérivait de l'illustre Edmond Langley, duc d'York, ayant épousé ma sœur qui fut ta mère, ému à son tour de pitié pour ma dure détresse, leva une armée, pensant me délivrer et m'installer sur le trône; mais le noble comte succomba comme les autres et fut décapité C'est ainsi que les Mortimers, en qui résidait ce droit, furent supprimés.

Richard Plantageinet. — Desquels Mortimers Votre Honneur est le dernier, Milord.

Mortimer. — C'est vrai, et tu vois que je n'ai pas de postérité, et que ma voix défaillante annonce sûrement ma mort prochaine. Tu es mon héritier, je désire que tu recueilles mes droits ; mais cependant sois circonspect dans ta difficile situation.

Richard Plantagenet. — Tes graves avertissements font impression sur moi ; mais pourtant il me semble que l'exécution de mon père ne fut autre chose que le fait d'une tyrannie sanguinaire.

Mortimer. — Garde le silence par politique, mon neveu : la maison de Lancastre-est solidement établie et ne peut pas plus être déracinée qu'une montagne. Maintenant ton oncle est sur le point de quitter ce monde, coranr les princes quittent leur cour, lorsqu'ils sont ennuyés de longtemps séjourner dans une même place.

Richard Plantagenet. — O mon oncle, comme je donnerais une partie de mes jeunes années, si je pouvais à ce prix empêcher votre vieillesse de s'écouler aussi vite!

Mortimer. — Tu voudrais donc me faire souffrir, comme le meurtrier qui donne vingt blessures lorsqu'une seule suffirait pour tuer? Ne pleure pas, à moins que ce ne soit de joie pour le bonheur qui m'arrive ; seulement donne des ordres pour mes funérailles, et là-dessus, adieu : que toutes tes espérances réussissent, et puisse ta vie prospérer dans la paix comme dans la guerre ! (// meurt.)

Richard Plantagenet. — Que la paix et non la guerre soit le lot de ton âme qui s'envole ! Tu as parcouru ton pèlerinage en prison, et comme un ermite tu y as dépassé le terme de tes jours. Bon, je renfermerai son conseil dans mon sein ; que les choses que je médite y reposent en silence. Gardiens, emportez-le d'ici ; j'aurai soin que ses funérailles soient plus somptueuses que ne l'a été sa vie. {Sortent les gardiens emportant le corps de Mortimer.) Ici s'éteint la torche fumeuse de Mortimer, éteinte par l'ambition de gens moins hauts que lui : quant à ces outrages, à ces ainères injures que Somerset a adressées à ma maison, je ne doute pas d'en obtenir l'honorable redressement; aussi vais-je me rendre en hâte au parlement, ou bien pour être rétabli dans les dignités de mon sang, ou bien pour faire servir mon malheur à ma fortune. (// sort.)

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