ACTE IV, SCENE II
vous êtes : vous êtes en France, chez une nation versatile et inconstante : s'ils découvrent la dissension sur vos physionomies, s'ils s'aperçoivent que le désaccord s'est mis parmi nous, comme leurs cœurs pleins de ressentiments vont être provoqués à la désobéissance opiniâtre et à la révolte! Et quelle infamie ce sera, en outre, lorsque les princes étrangers auront la certitude que, pour une bagatelle, une chose de nulle importance, les pairs du roi Henri et les principaux membres de sa noblesse se sont détruits eux-mêmes et ont perdu le royaume de France ! Oh, pensez à la conquête de mon père, pensez à mes tendres années, et n'allons pas pour une futilité perdre ce qui fut gagné avec du sang ! Laissez- moi être l'arbitre de cette équivoque querelle. Je ne vois pas de raison, si je porte cette rose (il prend une rose rouge), pour qu'on suppose que j'incline plus du côté de Somerset que du coté d'York; tous deux sont mes parents et je les aime tous deux : vous seriez aussi bien venus à me reprocher ma couronne, en me donnant pour raison que le roi d'Ecosse en porte une aussi. Mais vos sagacités vous donneront de meilleurs conseils que tous ceux que je pourrais vous proposer ou vous donner : par conséquent, de même que nous sommes venus ici en paix, continuons à vivre en paix et en bonne amitié. Cousin d'York , nous nommons Votre Grâce, notre régent de ces provinces de France; et vous, mon bon Milord de Somerset, unissez vos troupes de cavaliers à ses bandes de fantassins, et comme de loyaux sujets et de vrais fils de vos pères, marchez joyeusement ensemble et faites passer votre colère furieuse sur nos ennemis. Nous -même, Milord le protecteur, ainsi que les ' autres, nous retournerons à Calais après quelque temps de répit, et de là nous irons en Angleterre, où j'espère que, grâce à vos victoires, vous nous présenterez bientôt Charles, Alençon et cette bande de traîtres. [Fanfares. Sortent le roi Henri, Glocester, Somerset, Winchester, Suffolk et Basset.)
"Warwick. — Milord d'York, il me semble que le roi a joliment bien joué à l'orateur.
York. — Oui, en vérité ; mais cependant je n'aime pas qu'il porte les couleurs de Somerset.
Warwick. — Bah 1 ce n'était qu'une fantaisie, ne le blâmez pas ; j'oserais jurer qu'il ne pensait pas à mal, le doux prince !
York. — Si je croyais qu'il y eût pensé !... mais laissons cela en repos; d'autres affaires nous ré-
clament pour l'instant. {Sortent York, Warwick et Vernon.)
Exeter. — Bien as-tu fait, Richard, d'arrêter tes paroles; car si les passions de ton cœur s'étaient fait jour, je crains que nous n'eussions vu à découvert plus de haine rancuneuse, plus de querelles furieuses et vioïentes qu'on n'en peut imaginer ou supposer. Quoi qu'il en soit, il n'est pas d'homme, aussi simple qu'on veuille le supposer, qui, en voyant ces discordes criardes de la noblesse, ces intrigues des courtisans se prêtant l'épaule les uns aux autres, cette enrégimentation factieuse de leurs favoris, ne puisse présager que cela finira mal. C'est une chose bien grave, lorsque les sceptres se trouvent entre des mains d'enfants ; mais c'est une chose bien plus grave encore, lorsque la haine engendre une discorde dénaturée; alors arrive la ruine, alors commence la confusion. (Il sort.)