ACTE IV, SCÈNE III
Hubkiit. — Voici l'ordre de ce que j'ai fait écrit de votre main et scellé de votre sceau.
Le roi Jean. — Oh ! lorsque nous aurons à rendre au ciel nos derniers comptes de la terre, cette main et ce sceau seront les témoins qui nous mèneront à la damnation. Que de fois il suflit, pour faire de mauvaises actions,de voir les instruments qui peuvent les commettre ! Si tu n'avais pas été là près de moi, toi compère marqué', noté, désigné par la main de la nature pour l'accomplissement d'actes honteux, le meurtre ne me serait pas venu à l'esprit; mais remarquant ton aspect abhorré, te découvrant capable d'une scélératesse sanguinaire, bon à être employé dans des actes dangereux et tout prêt à les entreprendre, je te parlais à voix basse de la mort d'Arthur, et toi, pour conquérir l'affection d'un roi, tu n'as pas hésité à tuer un prince. Hubert. — Monseigneur....
Le roi Jean. — Si tu avais seulement secoué la tète, ou fait une pause pendant que je te découvrais mes projets en termes voilés, ou tourné sur mon visage un œil interrogateur comme pour m'ordonner de m'exprimer en termes précis, une honte profonde m'aurait frappé de mutisme, m'aurait fait couper court à mes confidences, et les craintes que tu m'aurais montrées auraient engendré en moi d'autres craintes : mais tu m'as compris par mes signes , et par des signes à ton tour tu as parlementé avec le crime. Oui, sans hésitation, tu as laissé ton cœur accepter et par suite ta main brutale accomplir l'exécution de l'acte que nos deux bouches ont horreur de nommer. Hors de mes yeux et que je ne te voie jamais plus! Mes nobles m'abandonnent et mon pouvoir est bravé, à mes portes même, par les forces de puissances étrangères; bien plus, à l'intérieur de ce pays de chair qui est moi, au sein de ce royaume de ma personne, où circulent 1 âme et la vie, la guerre et la discorde civile régnent entre ma conscience et la mort de mon neveu.
Hubert. — Armez -vous contre vos autres ennemis, je ferai la paix entre votre âme et vous. Le jeune Arthur est vivant : cette main que voilà est une main encore vierge et innocente qui n'a pas été peinte des taches rouges du sang; dans mon cœur n'est jamais entré encore la tragique émotion d'une pensée meurtrière, et vous avez calomnié la nature humaine en calomniant ma personne physique, qui, quelque farouche qu'elle soit extérieurement, est cependant l'enveloppe
d'une âme digne d'un meilleur emploi que d'èlre la meurtrière d'un enfant innocent.
Le roi Jean. — Arthur vit-il? Oh ! vas en toute hâte trouver les pairs, jette cette nou\elle sur leur colère maintenant enflammée et ramène-les à l'obéissance ! Pardonne le commentaire que mon desespoir m'a fait faire de ta personne, car ma colère était aveugle, et l'illusion horrible d'un sang imaginaire te faisait paraître plus hideux que tu n'es. Oh! ne me réponds pas, mais amène les Lords irrités devant moi aussi rapidement qu'il te sera possible! ma prière elle-même n'est que trop lente encore, cours plus vite qu'elle. (Ils sortent.)