‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 241 sur 447 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

territoires, brave comte. Que Votre Honneur commande à Anjou comme il lui plaira.

Suffolk. — Merci, René, béni par une si charmante fille faite pour être la compagne d'un roi! Quelle réponse fait Votre Grâce à ma requête ?

René d'Anjou. — Puisque tu daignes solliciter sa peu digne personne pour en faire la fiancée royale d'un tel Seigneur, ma fille sera à Henri, s'il la veut, sous cette condition que je posséderai tranquillement mon bien, les comtés d'Anjou et du Maine, sans avoir à redouter l'oppression et les coups de la guerre.

Suffolk. — Voilà sa rançon. Je la délivre, et je me charge de faire que Votre Grâce jouisse tranquillement de ces deux comtés.

René d'Anjou. — Et moi, au nom royal de Henri, je te donne sa main, comme au lieutenant de ce roi gracieux, en signe de la foi jurée.

Suffolk. — René de France , je te rends de royaux remercîments , car c'est une affaire pour le compte d'un roi : (à part) et cependant, il me semble que je serais très-content d'être dans ce cas -ci mon propre avocat, {à René) Je vais partir pour l'Angleterre avec ces nouvelles et faire préparer les solennités de ce mariage. Là-dessus, adieu, René; mets ce diamant en sûreté, dans des palais d'or, comme il lui convient.

René d'Anjou. — Je t'embrasse, comme j'embrasserais ce prince chrétien, le roi Henri, s'il était ici.

Marguerite. — Adieu, Milord : Suffolk aura toujours de Marguerite, ses bons vœux, ses louanges et ses prières. {Elle fait un mouvement pour partir.)

Suffolk. — Adieu, douce Madame : mais écoutez, Marguerite, n'avez-vous pas de compliments princiers à faire transmettre à mon roi?

Margufrite. — Dites-lui que je lui présente les compliments qui conviennent à une jeune fille, à une vierge, et à sa servante.

Suffolk. — Douces paroles, d'un gentil à-propos, et pleines de mesure et de modestie. Mais, Madame, il me faut vous importuner encore. N'avez-vous pas de cadeau d'amour pour Sa Majesté?

Marguerite. — Ouj, mon bon Lord, j'envoie au roi un cœur pur et sans tache que n'a encore souillé aucun amour,

Suffolk. — Et ceci en outre. {Il l'embrasse.)

Marguerite. — Garde cela pour toi-même : je

n'oserais pas envoyer à un roi de si misérables cadeaux. {Sortent René et Marguerite.)

Suffolk. — Oh ! que n'es-tu pour moi-même ! Mais arrête, Suffolk; tune dois pas l'égarer dans ce labyrinthe; là rôdent les Minotaures et les vilaines trahisons. Pique Henri par les louanges que tu feras de cette merveille; grave dans ta pensée ses vertus supérieures et ces grâces naturelles qui éteignent l'art ; évoque souvent leur image sur mer, afin que lorsque tu viendras t'agenouiller aux pieds de Henri, tu puisses le priver de sa raison à force de l'étonner. (// sort.)

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