‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 245 sur 447 · ACTE V, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE V

Gloccster. — Celle du comte d'Armagnac peut nous rendre le même service, car il est proche parent de Charles.

Exeter. — En outre, sa fortune nous garantit un douaire opulent , tandis que René recevra plutôt qu'il ne donnera.

Suffolk — Un douaire, Milord! n'avilissez pas votre roi au point de le rendre assez abject, assez bas, assez misérable, pour prendre une épouse pour l'argent et non pour le pur amour. Henri est à même d'enrichir sa femme et n'en est pas à chercher une femme qui le fasse riche : c'est aux paysans sans noblesse à tirer profit de leurs femmes, comme les gens des marchés tirent profit des bœufs, des moutons et des chevaux. Le mariage est chose de trop grande dignité pour qu'on le traite ainsi comme une affaire : ce n'est pas celle que nous voudrions, mais celle qu'il aime le plus, qui doit être la compagne du lit nuptial de Sa Grâce. Puisque Marguerite est celle qu'il aime le plus, c'est une raison suffisante pour nous déterminer à ce qu'elle soit la préférée. Qu'est-ce qu'un mariage contraint, sinon un enfer, une vie de discorde et de perpétuelles querelles? Au rebours, un mariage d'inclination est béni, et présente un modèle de paix céleste. Qui pouvons-nous marier à Henri qui est roi, sinon Marguerite qui est la fille d'un roi? Sa beauté sans égale unie à sa naissance la désignent pour être la compagne d'un roi seul ; son vaillant courage et son esprit indomptable, plus grands, qu'on ne les voit d'ordinaire chez les femmes, nous promet un successeur royal, car Henri, fils d'un conquérant, ne peut manquer d'engendrer d'autres conquérants, s'il est uni par l'amour à une Dame de si ferme caractère que la belle Marguerite. Ainsi, cédez, Milords, et concluez

avec moi que Marguerite sera reine et qu'elle seule le sera.

Le roi Henbi. — Je ne sais si c'est à cause de la force éloquente de votre rapport, mon noble Lord de Suffolk, où si c'est parce que ma tendre jeunesse n'a pas été encore atteinte des flammes de l'amour, mais ce dont je suis sûr, c'est que je sens dans mon cœur de si cruelles batailles, de si terribles combats entre la crainte et l'espérance, que je n'ai plus la force de supporter mes pensées. Embarquez-vous donc en poste pour la France, Milord ; arrêtez toutes les conditions, et obtenez que Madame Marguerite consente à passer la mer et à venir en Angleterre, pour y être ointe et couronnée reine et compagne fidèle du roi Henri ; pour vos dépenses et pour les frais nécessaires, levez une dime sur le peuple. Partez, disje, car jusqu'à votre retour, je resterai en proie à mille soucis. Quant à vous, mon bon oncle, bannissez toute pensée d'offense : si vous me jugez par ce que vous fûtes et non parce que vous êtes, je sais que vous excuserez cette exécution précipitée de ma volonté. Maintenant conduisez -moi en quelque endroit, où, loin de toute compagnie, je puisse retourner et ruminer ma tristesse. (Il sort.)

Glocester. — Tristesse ! oui je crains que ce qui commence par la tristesse ne finisse de même. {Sortent Glocester et Exeter.}

Suffolk. — C'est ainsi que Suffolk l'a emporté et c'est ainsi qu'il part, comme autrefois le jeune Paris pour la Grèce, dans l'espérance de trouver la même fortune en amour, mais d'être plus heureux que ne le fut le Troyen. Marguerite va être reine et gouvernera le roi ; et moi je gouvernerai Marguerite, le roi et le royaume.

(7/ sort.)

PERSONNAGES DU DRAME

LE ROI HENRI VI

HUMPHROY, ulc de Glocfster, son oncle.

LE CARDINAL BEAUFORT, évèque de Wmïchesteh, son

grand-oncle.

RICHARD PLANTAGENET, duc d'York.

EDOUARD, j RICHARD, j SeS hls-' Le duc de SOMERSET, \

Le duc de SUFFOLK, I

Le duc de BUCKINGHAM, \ du parti du roi. LORD CLIFFORD, l

Le jeune CLIFFORD, son fils, ) Le comte de SALISBURY, i . . ,,„ .

Le comte de WARWICK, | r LORD SCALFS, gouverneur de la Tour.

SIR HUMPHROY STAFFORD.

WILLIAM STAFFORD, son frère.

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