ACTE II, SCENE I
Salisbury et Warwick, ensemble. Longue vie à notre York. Nous vous remercionSj Lords. Mais je ne suis pa
ouverain, Richard, roi d'Angleterre!
votre roi jusqu'à ce que je sois couronné. (Acte II, se. il.)
désirait quelques prunes de Damas et elle me fit grimper au péril de ma vie.
Glocester. — Un subtil coquin ! cependant, cela ne lui servira guère. Laisse-moi voir tes yeux: ferme-les un peu; ouvre-les maintenant : dans mon opinion, tu ne vois pas encore bien.
Simpcox. — Pardon, Milord, j'y vois clair comme le jour ; j'en remercie Dieu et saint Albans.
Glocesteu. — C'est là ce que tu me dis? De quelle couleur est ce manteau ?
Simpcox. — Rouge, Milord, rouge comme le sang.
Glocester. — Bon, c'est bien dit. De quelle 'couleur est ma robe?
Simpcox. — Noire, vraiment, d'un noir foncé comme le jais.
Le roi Henri. — Comment donc, tu sais de quelle couleur est le jais?
Suffolk. — Et cependant je pense qu'il n'avait pas vu de jais de sa vie, avant ce jour-ci.
Glocester. — Mais si bien des robes et des manteaux, et cela en quantité.
La femme de Simpcox. — Jamais de toute sa vie, avant ce jour-ci.
Glocester. — Dis-moi, maraud, quel est mon nom?
Simpcox. — Hélas, Milord, je ne sais pas.
Glocester. — Quel est son nom à celui-ci?
Simpcox. — Je ne sais pas.
Glocfster. — Tu ne sais pas non plus le nom de celui-là?
Simpcox. — Non, en vérité, Milord.
Glocester. — Quel est ton propre nom?
Simpcox. — Saunder Simpcox, ne vous en déplaise, Milord.
Glocester. — Eh bien, Saunder, tu peux po-
LE ROI HENRI VI
ser ici pour le drôle le plus menteur de la chrétienté. Si tu avais été un aveugle-né, il t'aurait été aussi facile de nous connaître tous par nos noms que de nommer comme tu viens de le faire les diverses couleurs que nous portons. La vue peut bien distinguer les couleurs, mais les nommer toutes soudainement est chose impossible. Milords, saint Albans a fait ici un miracle, et ne penseriez-vous pas qu'elle serait grande l'habileté qui rétablirait ce boiteux sur ses pieds?
Simpcox. — O Milord, si cela se pouvait!
Glocester. — Messieurs de Saint-Albans, n'avez-vous pas dans votre ville des bedeaux ainsi que de ces choses appelées fouets ?
Le maire de Saint-Albans. — Oui, Milord, plaise à Votre Grâce.
Glocester. — Alors, envoyez-en chercher un immédiatement.
Le maire de Saint-Albans. — Va, maraud, fais venir ici le bedeau sans délai. (Sort un assistant.)
Glocester. — Maintenant, allez me chercher un escabeau tout de suite. (On apporte un escabeau.) Maintenant, maraud, si vous voulez vous éviter la peine d'être fouetté, sautez-moi par-dessus cet escabeau et en fuyez- vous.
Simpcox. — Hélas ! Milord, je ne suis pas capable de me tenir debout tout seul ; vous allez me torturer en vain.
Rentre l'assistant avec le bedeau armé ci un fouet.
Glocester. — Bien, Monsieur, nous allons vous faire retrouver vos jambes. Monsieur le bedeau, fouettez le jusqu'à ce qu'il saute par-dessus cet escabeau.
Le bedeau. — Oui, Milord. Avancez, maraud, enlevez vivement votre juste-au-corps.
Simpcox. — Hélas! Monsieur, que ferai -je? je ne suis pas capable de me tenir debout. (Après que le bedeau Va frappé une fois, il saute piardestus [escabeau et s'enfuit; le peuple le suit en criant : un miracle!)
Le roi Henri. — O Dieu! as-tu pu voir cela et le supporter si longtemps?
La reine Marguerite. — J'ai ri de bon cœur en voyant courir le coquin.
Glocester. — Poursuivez le drôle et emmenez cette gourgandine.
La femme de Simpcox. — Hélas! Milord, c'est le besoin seul qui nous a fait faire cela.
Glocester. — Qu'ilssoientfouettésdanschaque ville de marché, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à Berwick, d'où ils sont venus. (Sortent le maire, le bedeau, la femme, de Simpcox, etc.)
Le cardinal Beaufort. — Le duc Humphroy a fait un miracle aujourd'hui.
Suffolk. — C'est vrai ; il a forcé le boiteux à sauter et à s'envoler.
Glocester. — Mais vous avez fait, vous, plus de miracles que moi ; vous avez fait s'envoler en un jour des villes entières, Milord.
Entre BUCK1NGHAM.
Le roi Henri. — Quelles nouvelles apporte notre cousin Buckingham ?
Buckincham. — Des nouvelles que mon cœur tremble de révéler. Une bande de détestables personnes, criminellement associées, sous la protectection et la complicité de Madame FJéonore, femme du protecteur, tète et chef de toute cette clique, ont comploté dangereusement contre votre pouvoir de concert avec des sorcières et des magiciens; nous les avons surpris sur le fait, faisant sortir de terre des esprits maudits qu'ils questionnaient sur la vie et la mort du roi Henri, ainsi que sur d'autres personnes du conseil privé de Votre Altesse, comme Votre Grâce l'apprendra avec plus amples détails.
Le cardinal Beaufort, a part à Glocester. — Eh bien, Milord protecteur, grâce à celte histoire, votre épouse va encore faire dans Londres grande figure. Ces nouvelles, je pense, ont quelque peu émoussé le fil de votre épée, et il est probable, Milord, que vous ne viendrez pas au rendezvous.
Glocester. — Prêtre ambitieux, laisse s'affliger mon cœur. Le chagrin et la douleuront abatlu toutes mes facultés, et vaincu comme je le suis, je le cède, comme je céderais au plus vil valet.
Le roi Henri. — O Dieu [quels malheurs les méchants s'attirent en appelant la confusion sur leurs propres tètes par leurs méfaits !
La reine Marguerite. — Glocester, vois le déshonneur de ton nid, et lâche toi-même d'être exempt de fautes, je te le conseille.
Glocester. — Madame, pour ce qui est de moi, j'en appelle au ciel pour témoigner de l'amour que j'ai porté à mon roi et à l'État. Pour ce qui est de ma femme, je ne sais ce qui en est : je s;.is désolé d'apprendre ce que j'ai entendu. Elle est noble; mais si elle a oublié la vertu et l'honneur