‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 261 sur 447 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Londres. — Le jardin du duc d'York.

Entrent YORK, SALISBURY et WABWICIt.

York. — Maintenant que notre modeste souper est fini, mes bons Lords, permettez-moi, en nous promenant dans l'enceinte de ce jardin, de me donner la satisfaction de vous conquérir à l'opinion que mon droit sur la couronne d'Angleterre est incontestable.

Salisbury. — Milord, je brûle de vous entendre l'expliquer.

Warwick. — Commence, mon aimable York, et si tes droits sont fondés, les INevils sont entièrement à tes ordres.

York. — Voici donc les choses. Edouard III, IMilords, eut sept fils : le premier, Edouard, le prince noir, prince de Galles; le second, William de Hatfield ; le troisième, Lionel, duc deCIarence, après lequel venait Jean de Gand, duc de Lancastre; le cinquième était Edmond Langley, duc d'York ; le sixième était Thomas de Woodstock, duc de Glocester; William de Windsor était le septième et le dernier. Edouard, le prince noir, mourut avant son père, en laissant un fils unique, Richard, qui, après la mort d'Edouard III, régna jusqu'au jour où Henri Bolingbroke, duc de Lancastre, fils aîné et héritier de Jean de Gand, couronné sous le nom de Henri le quatrième, se saisit du royaume, déposa le roi légitime, envoya sa pauvre reine en France d'où elle était venue, et l'envoya, lui, à Pomfret, où, comme vous le savez tous, l'inoffènsif Bichard fut traîtreusement assassiné.

Warwick. — Père, le duc a dit lai vérité ; c'est ainsi que la maison de Lancastre a conquis la couronne.

York. — Laquelle ils détiennent maintenant par force et non par droit;- car Bichard, l'héritier du premier fils, étant mort, c'est la postérité du fils le plus proche qui aurait dû régner.

Salisbury. — Mais William de Hatfield mourut sans héritier.

York. — Le troisième fils, le duc de Clarence, par le sang duquel je prétends à la couronne, eut un rejeton, une fille, Philippe, qui épousa Edmond Mortimer, comte des Marches. Edmond eut un rejeton, Boger, comte des Marches; Boger eut pour postérité Edmond, Anne et Eléonore.

Salisbury. — Cet Edmond, sous le règne de Bolingbroke, éleva, ainsi que je l'ai lu, des prétentions à la couronne, et il eût été roi sans Owen Glendower, qui le tint en captivité jusqu'à sa mort. Mais voyons la suite.

York. — La sœur ainée d'Edmond, Anne ma mère, héritière de la couronne, épousa Bichard, comte de Cambridge, qui était fils d'Edmond Langley, cinquième fils d'Edouard III Par elle, je réclame le royaume. Elle était héritière de Boger, comte des Marches, qui était fils d'Edmond Mortimer, lequel épousa Philippe, seule héritière de Lionel duc de Clarence, en sorte que si la postérité du fils aîné doit succéder avant celle du cadet, je suis roi.

Warwick. — Qu'y a t il de plus clair que celte filiation ? Henri tient la couronne en vertu des droits de Jean de Gand, le quatrième fils; York la réclame en vertu des droits du troisième. La postérité de Jean de Gand ne devrait pas régner avant que celle de Lionel ne fût éteinte ; mais elle n'est pas éteinte encore, elle revit en toi et dans tes fils, belles branches d'un tel tronc. Ainsi, mon père Salisbury, agenouillons-nous tous les deux, et dans ce pacte secret, soyons les premiers à saluer notre souverain légitime de l'hommage qui est dû à ses droits de naissance sur la couronne.

Salisbury et Warwick, ensemble. — Longue vie à notre souverain, Richard, roi d'Angleterre 1

York. — Nous vous remercions, Lords. Mais je ne suis pas votre roi jusqu'à ce que je sois couronné et que mon épée soit teinte du san<» du cœur de la maison de Lancastre; or ce n'est pas soudainement que cela peut être accompli, mais par la prudence, le silence et le secret. Conduisez-vous comme moi dans ces jours dangereux : fermez les yeux sur l'insolence de Suf-

LE ROI HENRI VI

folk, l'orgueil de Beaufort, l'ambition de Somerset, sur Buckingham et tout le reste de leur bande, jusqu'à ce qu'ils aient pris au piège le gardien du troupeau, ce vertueux prince, le bon duc Humphroy : c'est ce qu'ils cherchent, et en cherchant cela, ils trouveront la mort, s'il est permis à York de prophétiser..

SfLisBURY. — Milord, séparons-nous ; nous connaissons à fond votre pensée.

Wakwick. — Mon cœur m'assure que le comte de Warwick fera un jour un roi du duc d'York.

York. — Et Nevil, moi je t'assure en personne que Ri"hard vivra pour faire du comte de "Warwick l'homme le plus puissant de l'Angleterre après le roi. (Ils sortent.)

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