SCENE IX
Keuilïvorth-Gistle.
Fanfares de trompettes. Entrent sur la terrasse du château LE ROI HENRI, LA REINE MAR- GUERITE et SOMERSET.
Le roi Henri. — Fut-il jamais roi en possession d'un trône terrestre qui pût aussi peu commander au bonheur que moi? A peine m'eut-on relire du berceau, que je fus roi, à l'âge de neuf mois. Jamais sujet n'aspira à être roi d'aussi bon cœur que j'aspire à être sujet.
Entrent BUCKINGBAM et le vieux CLIFFORD.
Buckingham. — Santé et heureuses nouvelles à Votre Majesté !
Le roi Henri. — Eh bien, Buckingham, le traître Cade est-il pris, ou bien s'est-il retiré pour se fortifier?
Entrent au bas de la terrasse un certain nombre des compagnons de CADE avec des cordes à leurs cous.
Clifford. — Il s'est enfui, Monseigneur, et toutes ses forces cèdent; et ceux que voici, dans cette humble attitude, la corde au cou, attendent de Votre Altesse sentence de vie ou de mort.
Le roi Henri. — En ce cas, ciel, ouvre tes portes éternelles pour recevoir mes remercîments et mes louantes! Soldats, aujourd'hui vous avez racheté vos vies, et montré combien vous aimiez votre prince et votre pays : persévérez dans ces bons sentiments, et sovezsûrs que Henri, bien que malheureux, ne sera jamais ingrat; et là-dessus, je vous renvoie tous à vos comtés respectifs avec mes remercîments et mon pardon.
Tous. — Dieu protège le roi! Dieu protège le roi !
Entre un Messager.
Le Messager. — Qu'il plaise à votre grâce d'être avertie que le duc d'York est nouvellement venu d'Irlande, et qu'il arrive ici, en fière ordonnance, avec une puissante et redoutable armée de Gallowglasscs et de Kernes robustes, et il proclame partout à mesure qu'il s'avance, que le seul but de cette levée d'armes est d'éloigner de vous le duc de Somerset qu'il appelle traître.
Le boi Henri. — Ainsi va mon Etat à la dérive
entre Cade et York, pareil à un navire qui, après avoir échappé à la tempête, est abordé par un pirate au moment même où le calme s'est fait. Maintenant que Cade est repoussé et que ses hommes sont dispersés, voilà York en armes qui vient le remplacer. Je t'en prie, Buckingham, marche à sa rencontre , et demande-lui quelle est la raison de cet armement. Dis -lui que j'enverrai le duc Edmond à la Tour, et nous t'y confinons, Somerset, jusqu'à ce qu'il soit séparé de son armée.
Somerset, — Monseigneur, pour le bien de mon pays, je puis consentir volontiers à la prison ou à la mort.
Le roi Henri. — Quoi qu'il arrive, évite de te servir de termes trop violents, car il est fier et ne peut supporter un dur langage.
Buckincham. — Vos ordres seront exécutés , Monseigneur; et, n'en doutez pas, j'arrangerai les choses de telle sorte qu'elles tourneront à votre bien.
Le roi Henri. — Viens, ma femme, rentrons, et apprenons à mieux gouverner ; car l'Angleterre pourrait bien maudire mon malheureux règne. {Ils sortent.")