‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 308 sur 447 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Londres — Un appartement dans le palais.

Entrent LE ROI EDOUARD, GLOCESTER, CLARENCE, et LADY GREY.

Le roi Edouard. — Frère de Glocester, le mari de cette dame, Sir John Grey, fut tué à la bataille de Saint-Albans, et ses terres furent alors saisies par le vainqueur : elle demande aujourd'hui à rentrer en possession de ces terres, et nous ne pouvons avec justice repousser sa requête, puisque le digne gentilhomme a perdu la vie dans la querelle de la maison d'York.

Glocester. — Votre Altesse fera bien de lui accorder sa requête ; ce serait un déshonneur que de la refuser.

Le roi Edouard. — En effet, ce ne serait pas moins que le déshonneur; cependant j'attendrai encore un peu.

Glocester, à part à Clarcnce. — Oui dà, en est-il ainsi? Je vois que la Dame aura une chose à accorder, avant que le roi lui accorde son humble requête.

Clarence, à part à Glocester. — 11 connaît le gibier : comme il observe bien le vent!

Glocester, à part à Clarcnce. — Silence!

Le roi Edouard. — Veuve, nous examinerons votre requête ; venez à un autre moment pour connaître notre décision.

Lady Grey. — Très-gracieux Seigneur, je ne puis attendre : plairait-il à Votre Altesse de me donner une réponse maintenant : quel que soit votre bon plaisir, je m'y soumettrai.

Glocester, à part. — Oui dà, veuve ? en ce cas, je vous garantis toutes vos terres, si vous pouvez faire votre plaisir du sien. Combattez plus serré, ou sur ma foi, vous allez attraper un coup.

Clarence, à part à Glocester. — Je ne crains pas pour elle, à moins qu'elle ne tombe.

Glocester. — Dieu le défende! en ce cas il aurait sur elle l'avantage de la position.

Le roi Edouard. — Combien as-tu d'enfants, veuve, dis-moi ?

Clarence, à part à Glocester. — Je crois qu'il a l'intention de lui demander un enfant.

Glocester, à part à Clarence. — Parbleu, je veux être fouetté, s'il ne lui en donnait pas plutôt deux.

Lady Grey. — Trois, mon très-gracieux Seigneur.

Glocester. — Vous en aurez quatre, si vous voulez vous laisser diriger par lui.

Le roi Edouard. — Ce serait pitié qu'ils perdissent les biens de leur père.

Lady grey. — Ayez pitié alors, redouté Seigneur, et accordez -moi ma demande.

Le roi Edouard. — Lords, laissez-nous seuls en liberté ; je veux mettre à l'épreuve l'esprit de cette veuve.

Glocester, à part. — Oui, donnez- vous du bon temps en liberté, car vous garderez cette liberté, jusqu'au jour seulement où la jeunesse vous demandera la liberté de s'en aller et vous laissera en liberté avec vos béquilles. [Glocester et Clarence se tiennent à l'écart.)

Le roi Edouard. — Dites-moi maintenant, Madame, vous aimez vos enfants?

Lady Grey. — Oui, aussi tendrement que moimême.

Le roi Edouard. — Et ne feriez-vous pas beaucoup pour les rendre heureux?

Lady Grey. — Pour les rendre heureux, je supporterais tout malheur.

Le roi Edouard. — Eh bien alors, ^acquérez les terres de votre mari pour les rendre heureux.

Lady Grey. — C'est pour cela que je suis venue auprès de Votre Majesté.

tions en reproduisant ici une lettre que M. Guizot nous a fait l'honneur de nous adresser :

« Vous avez entendu dire, messieurs, que, depuis plusieurs années, je me donne le paternel plaisir de raconter l'histoire de France à mes petits-enfants, et vous me demandez si je n'ai pas dessein de publier ces études de famille sur la grande vie de notre patrie. Telle n'avait pas été d'abord ma pensée; c'était de mes petits-enfants, et d'eux seuls, que je me préoccupais. J'avais à cœur de leur faire vraiment comprendre notre histoire et de les y intéresser en satisfaisant à la fois leur intelligence et leur imagination, en la leur montrant à la fois claire et vivante. Toute histoire, celle de la France surtout, est un vaste et long drame où les événements s'enchaînent selon des lois déterminées, et dont les acteurs jouent des rôles qu'ils n'ont pas reçus tout faits ni appris par cœur, et qui sont les résultats, non-seulement de leur situation native, mais de leur propre pensée et de leur propre volonté. Il y a, dans l'histoire des peuples, deux séries de causes à la fois essentiellement diverses et intimement unies; les causes naturelles, qui président au cours général des événements, et les causes libres, qui viennent y prendre place. Les hommes ne font pas toute l'histoire : elle a des lois qui lui viennent de plus haut; mais les hommes sont, dans l'histoire, des êtres actifs et libres qui y produisent des résultats et y i îxercent une influence dont ils sont responsables. Les causes fatales et les causes libres, les lois déterminées des évé- ; îements et les actes spontanés de la liberté humaine, c'est à l'histoire tout entière. C'est dans la reproduction fidèle le ces deux éléments que consistent la vérité et la moralité le ces récits.

. « Je n'ai jamais été plus frappé de ce double caractère de

'histoire qu'en la racontant à mes petits-enfants. Quand

ai commencé avec eux ces leçons, ils y prenaient d'avance

in vif intérêt, et ils m'écoutaient avec un bon vouloir sé-

ieux; mais quand ils ne saisissaient pas bien le lien pro-

)ngé des événements, ou quand les personnages historiques

Redevenaient pas, pour eux, des êtres réels et libres, di-

;aesde sympathie ou de réprobation, quand le drame ne

tHj développait pas devant eux clair et animé, je voyais leur

:J;tention inquiète ou languissante; ils avaient besoin à la

â j is de lumière et de vie ; ils voulaient être éclairés et émus,

struits et amusés

« En même temps que la difficulté de satisfaire à ce double désir se faisait vivement sentir à moi, j'y découvrais plus de moyens et plus de chances de succès que je ne l'a vais prévu d'abord pour faire comprendre à mes jeunes auditeurs l'histoire de France dans sa complication et sa grandeur. Quand Corneille a dit :

.... aux âmes bien nées La valeur n'attend pas le nombre des années,

il a dit vrai pour l'intelligence comme pour la valeur. Quand ; une fois ils sont bien éveillés et donnent vraiment leur at- I tention, les jeunes esprits sont plus sérieux et plus capables qu'on ne le croit de tout comprendre. Pour bien expliquer à mes petits-enfants le lien des événements et l'influence " des personnages historiques, j'ai été conduit, quelquefois à des considérations très-grandes et à des études de sarac- : tères assez approfondies. J'ai presque toujours été, en pareil E cas, non-seulement bien compris, mais vivement goûté. ; J'en ai fait l'épreuve dans le tableau du règne et le portrait : du caractère de Charlemagne; les deux grands desseins de ; ce grand homme, qui a réussi dans l'un et échoué dans Tautre, ont été, de la part de mes jeunes auditeurs, l'objet d'une attention très-soutenue et d'une compréhension trèsnette. Les jeunes esprits ont plus de portée qu'on n'est en- | clin à le présumer, et peut-être les hommes feraient-ils I bien quelquefois d'être aussi sérieux dans leur vie que les enfants le sont dans leurs études.

« Pour atteindre le but que je me proposais, j'ai toujours pris soin de rattacher mes récits ou mes réflexions aux grands événements ou aux grands personnages de l'his- ■ toire. Quand on veut étudier et décrire scientifiquement .un pays, on le parcourt dans toutes ses parties et en tout sens; on visite les plaines comme les montagnes, les villages comme les cités, les recoins obscurs comme les lieux célèbres; ainsi procèdent un géologue, un botaniste, un archéologue, un gsâêisticien, un érudit. Mais quand on veut sur- ,' tout connaître les principaux traits d'une contrée, ses i contours fixes, ses formes générales, ses aspects spéciaux ses grands chemins, on monte sur les hauteurs; on se plats 7 aux points d'où l'on saisit le mieux l'ensemble et la phf= • sionomie du pays. Ainsi il faut procéder dans l'histoiFâg quand on ne veut ni la réduire au squelette d'un abrégé m, l'étendre aux longues dimensions d'un travail d'é?aiMk?â,

Les grands événements et les grands hommes sont les points fixes et les sommets de l'histoire; c'est de là qu'on peut la considérer dans son ensemble et la suivre dans ses grandes voies. En la racontant à mes petits-enfants, je me suis quelquefois attardé dans quelque anecdote particulière où je trouvais le moyen de mettre en vive lumière l'esprit dominant du temps ou les mœurs caractéristiques des populations; mais, sauf ces rares exceptions, c'est toujours dans les grands faits et les grands personnages historiques que je me suis établi pour en faire, dans mes récits, ce qu'ils ont été dans la réalité, le centre et le foyer de la vie de la France.

« Je n'avais pris d'abord, en donnant ces leçons, que de courtes notes de dates et de noms propres. Quand on m'a donné lieu de croire qu'elles pouvaient avoir pour d'autres enfants que les miens, et même, m'a-t-on dit, pour d'autres que des enfants, quelque utilité et quelque intérêt, j'ai entrepris de les rédiger telles que je les avais développées à mes jeunes auditeurs. Je vous enverrai, messieurs, quelques portions de ce travail, et si, en effet, il vous paraît opportun d'étendre le cercle auquel il a été d'abord destiné, je vous confierai très-volontiers le soin de sa publication.

« Recevez, messieurs, l'assurance de mes sentiments les plus distingués,

GUIZOT

• Val-Richer, décembre 1870.'»

Quel admirable enseignement pour la jeunesse que <* la grande vie de notre patrie » racontée dans cette langue claire, ferme et imagée, avec cette sûreté de méthode, cette justesse d'appréciation, cette attention scrupuleuse à ne rien laisser qui ne puisse être facilement compris!

Ce sont là des qualités précieuses pour les lecteurs de tout âge; aussi l'auteur prévoit-il que ses leçons auront

quelque utilité « même pour d'autres que pour des enfants. Les femmes, les gens du monde, les érudits eux-mêmes tiendront à lire un livre où ils retrouveront, au milieu d'ur | récit exact et vivant, la science profonde et la hauteur de vues de l'historien de la Civilisation en Europe et en France] de l'homme d'État auquel, durant bien des années, nul dans notre pays n'a contesté le premier rang.

Nous nous sommes donc empressés d'accepter l'honneuU d'éditer une œuvre utile à des lecteurs si divers et appelée 1 à répandre tant d'idées justes et fécondes, et nous tiendronil à ce qu'elle soit publiée avec tout le soin qu'elle mérite.

CONDITIONS

ET MODE DE PUBLICATION

L'Histoire de France racontée à mes petits-enfants former trois volumes grand in-8, imprimés par M. Raçon, dont 1 goût et l'habileté sont bien connus, et illustrés de plus d cent gravures d'après de magnifiques dessins dans lesque! M. A. de Neuville a montré sous un nouvel aspect son talei aussi correct que dramatique. Ces gravures représenteroi des scènes et des personnages historiques, des portraits, de costumes, des monuments ; les éléments en seront puisf aux meilleures sources.

Les trois volumes se composeront de 80 à 100 livraisons |< chaque livraison, illustrée d'au moins une grande gravure j contient 16 pages et est protégée par une couverture.

Le prix de la livraison est de 50 centimes.

Il paraît une livraison par semaine.

]jes tomes ï et II sont en vente.

Chaque volume se vend séparément, broché, 18 fr. — Ril chement relié, avec fers spéciaux, dos en maroquin, plal| en toile, tranches dorées, 25 fr.

HACHETTE et Cie

TypograpQic Laliuro, rue de Fleurus, 9, à Paris.

LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET C", BOULEVARD SAINT-GERMAIN. 77, A PARIS NOUVELLES PUBLICATIONS .

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