‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 423 sur 447 · ACTE II, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV

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bornes de la patience, vraiment ! Je vous en prie, marchons : je ne veux pas rester plus longtemps, ni faire jamais plus pour cette affaire acte de présence dans aucune de leurs cours. {Sortent la reine, Griffit/i, et les autres personnes de sa suite.) Le roi Henri. — Va, Catherine, s'il est un homme au monde qui déclare posséder une meilleure épouse, qu'il ne soit cru en rien pour avoir menti à ce point. Tu es, toi, toi seule, la reine des reines terrestres, comme le proclameraient, si elles pouvaient parler, tes rares qualités, ton aimable noblesse, ta douceur ue sainte, ta rectitude conjugale, ton obéissance fière, et >es vertus pieuses et souveraines. Elle est noblement née et s'est comportée envers moi comme il convient à sa vraie noblesse.

Wolsey. — Très-gracieux Sire, je supplie Votre Altesse de la plus humble manière, qu'il vous plaise de déclarer, en face de tous ces auditeurs, (car là où j'ai été attaqué et lié, là je dois être délié, quoique ce ne soit pas le lieu et l'heure où je puisse obtenir pleine réparation), si jamais j'ai pris envers Votre Altesse l'initiative de cette affaire, si j'ai jamais fait naître dans votre esprit quelque scrupule qui pût vous amener à vous interroger sur ce sujet, et si j'ai jamais, autrement que pour remercier Dieu d'une telle reine, prononcé le plus petit mot qui pût porter préjudice à sa présente condition ou faire tort à sa vertueuse personne?

Le roi Henri. — Milord Cardinal, je vous excuse ; oui, sur mon honneur, je vous absous pleinement de ce reproche. Je n'ai pas à vous apprendre que vous avez beaucoup d'ennemis, lesquels ne savent pas pourquoi ils le sont, mais qui, semblables aux chiens de village, aboient lorsque leurs camarades aboient : c'est par quelques-uns de ces genslà que la reine est excitée à la colère. Vous êtes excusé : mais voulez-vous être plus pleinement justifié? Eh bien, vous avez toujours désiré que cette affaire sommeillât ; vous n'avez jamais désiré qu'elle fût soulevée : au contraire, vous avez souvent, très-souvent, mis obstacle aux pas qu'elle faisait : sur mon honneur, je porte témoignage sur ce point à mon bon Lord Cardinal, et je le justifie pleinement. Maintenant, pour ce qui me décida à cette affaire, je vais vous le déclarer franchement, en réclamant un peu de temps et votre attention : ainsi suivez bien l'enchaînement. Voici comment cela naquit : — faites attention : — ma conscience s'émut pour la première fois, sentit pour la première fois un aiguillon de scrupule, en écoutant

certains discours tenus par l'évèque de Bayonne, alors ambassadeur de France, qui avait été envoyé ici pour discuter un projet de mariage entre le duc d'Orléans et notre fille Marie : dans le cours de cette affaire, avant de prendre une décision, il (l'évèque j'entends) demanda un répit afin de conseiller au roi son maître de bien s'assurer si notre fille pouvait être tenue pour légitime, étant issue de notre mariage avec la reine douairière, précédemment femme de notre frère. Ce répit ébranla ma conscience jusque dans ses fondements, me pénétra avec une force à me briser, et fit trembler la région de mon cœur ; ce qui ouvrit à ce scrupule une route si large qu'une multitude d'autres considérations de diverse nature y passèrent avec lui. En premier lieu, il me sembla que le ciel ne me souriait pas, car il paraissait commander à la nature que le ventre de mon épouse, si elle concevait un enfant mâle, ne fit pas plus pour lui office de vie que le tombeau ne fait pour les morts ; en effet, sa postérité mâle ou mourait aussitôt après conception, ou peu de temps après qu'elle avait vu la lumière : alors j'en vins à penser que cela était une condamnation qui pesait sur moi, que mon royaume, digne du plus bel héritier du monde, n'obtiendrait pas de moi une telle joie. Il s'ensuivit que je pesais les dangers qui menaçaient mon royaume par cette absence de postérité, et ceci me causa bien des angoisses gémissantes. Ainsi ballotté sur cette mer orageuse de ma conscience, je fis voiles vers ce remède pour lequel nous sommes présentement assemblés ; c'est-à-dire que je pris la résolution de purger ma conscience que je sentais alors fort malade, et que je ne trouve pas encore suffisamment guérie par l'avis de tous les révérends pères et de tous les docteurs savants du royaume. C'est avec vous que je commençai d'abord en particulier, Milord de Lincoln; vous vous rappelez sous quelle oppression je suffoquais, lorsque je m'ouvris à vous pour la première fois.

L'évèque de Lincoln. — Fort bien, mon Suzerain.

Le roi Henri. — J'ai parlé longuement ; qu'il vous plaise de raconter vous-même la direction que vous me conseillâtes.

L'évèque de Lincoln. — Plaise à Votre Altesse, cette question me troubla tellement à cause de son extrême importance et de ses redoutables conséquences, que je remis au doute le soin de décider à la place du conseil le plus franc que j'au-

LE ROI HENRI VIII

rais pu donner, et que j'engageai Votre Altesse à prendre la résolution qu'elle est en voie de suivre. Le koi Henri. — Je m'ouvris alors à vous, Milord de Canlerbury, et je vous demandai la permission de convoquer la présente assemblée ; je n'ai omis de consulter aucun révérend personnage de cette cour, mais j'ai procédé par le consentement particulier de chacun de vous, signé et scellé par vous. Ainsi, procédons, car ce n'est aucun déplaisir contre la personne de ma bonne reine, mais les pointes aiguës et tranchantes des raisons déclarées par moi qui me poussent à cotte conduite. Prouvez seulement que notre mariage est légitime, et sur ma vie et ma dignité royale, nous serons heureux de continuer le cours de notre vie mortelle avec notre reine Catherine, avec celle qui doit prendre le pas sur la créature la plus

parfaite qui soit tenue pour une merveille de ce inonde.

Campeius. — Plaise à Votre Altesse, la reine étant absente, il est de toute convenance que nous ajournions la cour jusqu'à un jour prochain : dans cet intervalle, il sera bon d insister vivement auprès de la reine, pour qu'elle renonce à l'appel qu'elle projette auprès de Sa Sainteté. (Ils se lèvent pour partir.}

Le roi Henri, à part. — Je m'aperçois que ces cardinaux plaisantent avec moi : j'abhorre ces lenteurs dilatoires et ces ruses de Rome. Cranmer, mon serviteur savant et bien-aimé, reviens, je t'en prie! avec toi je sais que reviendra mon appui. (Haut.) Congédiez l'assemblée : retirezvous, je vous le permets. (Ils sortent clans tordre où ils sont entrés.)

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