‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 433 sur 447 · LA REINE · texte numérisé non relu

LA REINE

g0 Un certain nombre de dames ou de comtesses, avec de simples cercles d'or sans fleurs.

Second monsieur. — Un coriége royal, je vous en réponds. Ceux-là, je les connais; — quel est celui qui porte le sceptre ?

Premier monsieur. — Le marquis de Dorset. et celui-là avec la verge, c'est le comte de Surrey

Second monsieur. — Un brave et courageux gentilhomme. Celui-ci doit être le duc de Suffolk?

Premier monsieur. — C'est lui-même, le grand maître de la maison du roi.

LE ROI HENRI VIII

Second monsieur. — Et celui-là, Milord de Norfolk?

Premier monsieur. — Oui.

Second monsieur , regardant la reine. — Le ciel te bénisse! tu as la plus belle figure que j'aie jamais vue. Monsieur, c'est un ange, aussi vrai que j'ai une âme : notre roi possède dans ses bras toutes les Indes; oui, il possède des Indes plus riches et plus belles que les autres, lorsqu'il embrasse cette Dame : je ne puis blâmer sa conscience.

Premier monsieur. — Ceux qui portent le dais d'honneur au-dessus de sa tète, sont quatre barons des cinq ports.

Second monsieur. — Ces hommes sont heureux, et ainsi sont tous ceux qui peuvent l'approcher. Je suppose que celle qui porte la queue est cette vieille noble Dame, la duchesse de Norfolk.

Premier monsieur. — C'est elle, et toutes les autres sont des comtesses.

Second monsieur. — Leurs couronnes le disent. Ce sont des étoiles en vérité, et quelquefois des étoiles filantes.

Premier monsieur. — Oh chut! ne parlons pas de cela. (Sort la procession avec une grande fanfare de trompettes.)

Entre un troisième monsieur.

Premier monsieur. — Dieu soit avec vous, Monsieur! Où étiez-vous fourré?

Troisième monsieur. — Dans l'abbaye, parmi la foule qui était si pressée, qu'on n'aurait pas pu y faire entrer un doigt : je suis suffoqué, rien que de la chaleur de leur joie.

Second monsieur. — Vous avez vu la cérémonie?

Troisième monsieur. — Oui.

Premier monsieur. — Comment était-ce ?

Troisième monsieur. — Bien digne d'être vu.

Second monsieur. — Mon bon Monsieur, racontez-nous la chose.

Troisième monsieur. — Je vais vous la raconter de mon mieux. Le noble flot des Lords et des Dames, ayant amené la reine à une place préparée dans le chœur, s'est reculé à quelque distance d'elle; alors Sa Grâce s'est assise sur un riche troue, où elle est restée quelque temps, une demi-heure ou approchant, exposant la beauté de sa personne aux regards du peuple. Croyezmoi, Monsieur, c'est la plus belle femme qui ait jamais partagé la couche d'un homme; lorsque

le peuple l'a eu pleinement vue, il s'est élevé un bruit pareil à celui que font sur mer les voiles pendant une rude tempête, un bruit aussi fort et composé de sons aussi divers : chapeaux , manteaux, et pourpoints aussi, je crois, ont volé en l'air, et si leurs visages avaient pu se détacher, ils les auraient perdus aujourd'hui. Je n'ai jamais vu une telle joie. Des femmes enceintes, qui n'avaient pas à attendre leur délivrance plus d'une demi-semaine, allaient comme les béliers dans les anciennes guerres, fendaient la foule et faisaient reculer tout le monde devant elles. Personne n'aurait pu dire c'est ma femme, dans cette foule, tant tous étaient singulièrement collés en un seul tas.

Second monsieur. — Mais qu'est-ce qui s'est passé ensuite?

Troisième monsieur. — A la fin Sa Grâce s'est levée, et d'un pas modeste elle s'est dirigée vers l'autel; là, elle s'est agenouillée, et comme une sainte, levant ses beaux yeux au ciel, elle a prié dévotement. Puis elle s'est levée et s'est inclinée devant le peuple ; puis, par les soins de l'archevêque de Canterbury, toutes les choses qui servent à faire une reine lui ont été données, telles que le saint chrême, la couronne d'Edouard le Confesseur, la verge, la colombe de paix : tout cela, et autres emblèmes pareils ont été déposés noblement sur elle : cela fait, le chœur avec la musique la plus choisie du royaume, a entonné le Te Deum. Là-dessus elle est partie, et s'en est retournée avec le même pompeux cortège, à York-place, où la fête se tient.

Premier monsieur. — Monsieur, on ne doit plus appeler ce séjour York-place, c'est un nom supprimé depuis la chute du cardinal. Ce palais appartient maintenant au roi et s'appelle Whitehall.

Troisième monsieur. — Je le sais, mais le changement est de si fraîche date que le vieux nom tient encore dans ma mémoire.

Second monsieur. — Quels étaient les deux révérends évêques qui se tenaient aux deux côtés de la reine ?

Troisième monsieur. — Stokesly et Gardiner; l'un évèque de Winchester, récemment tiré de la place de secrétaire du roi pour être élevé à ce poste, l'autre évèque de Londres.

Second monsieur. — On dit que celui de Winchester n'est pas un bien grand ami de l'archevêque, le vertueux Cranmer.

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