ACTE V, SCENE III
plein d'ardeur, et déterminé à m'aflrir à tons les périls avec constance.
BRUITS
Oui, souviens-t'en, Lacilius.
CASSIUS
Eh bien , noble Bratus , les dieux nous aiment, aujourd'hui : ils veulent que nous puissions ensemble , nous aimant en paix , conduire nos jours jusqu'à la vieillesse ; mais puisqu'il reste toujours de l'incertitude dans les choses humaines, menons en fait ce qui peut arriver de plus funeste. Si nous perdons cette bataille , c'est ici le dernier instant , le dernier, où nous converserons ensemble. Qu'avez-vous résolu de faire alors?
BRUTUS
De me régler sur cette philosophie qui me fit blâmer Caton pour s'être donné la mort luimime. Je ne sais pourquoi, mais je trouve qu'il est lâche et vil d'abréger ainsi le cours de la vie , par la crainte des maux qui peuvent arriver : je m'armerai de patience, pour attendre les volontés de quelques puissances suprêmes qui nous gouvernent ici-bas.
CASSIUS
Ainsi, Brunis, si nous perdons cette bataille , vous consentez à être conduit en triomphe à travers les rues de Rome?
Non, Cassius, non. Toi, noble Romain, ne crois pas que jamais Brutus veuille entrer enchaîné dans Rome : il porte un cœur trop grand. Il faut que ce jour même consomme l'ouvrage que les ides de mars ont commencé; et si nous devons nous revoir encore, je n'en sais rien. Acceptons donc l'un de l'autre notre éternel adieu. Pour jamais, pour jamais adieu , Cassius. Si nous
joie ; sinon , eh bien ! cet adieu était à sa place.
CASSIUS
Pour jamais, pour jamais adieu, Brutus. Oui, nous nous sourirons , si nous nous revoyons encore; sinon, tu as dit bien vrai, cet adieu était à sa place!
BRUTUS
Allons, marchons. Oh, que l'homme pût connaître la fin des événemens de ce jour, avant qu'elle arrive ! Mais il suffit que le jour doive finir, et alors la fin en sera connue. Soldats, ebons en avant.