IIS
inant a l'oreille basant d'un Africain. Quelle I blancheur éblouissante! Elle éclipse toutes ses compagnes. Oh ! elle est trop accomplie pour un mortel. Non , la terre n'était pas digue de posséder ce trésor. Quand la danse aura cessé , j'observerai la place où elle ira se reposer, et en touchant sa main délicate , je ferai mon bonheur. Quoi ! mon cœur a-t-il aimé jusqu'à ce moment? Non , jene connaissais pas la beauté : voilà la première que j'aie vue.
TYBALT
A sa voix , cet homme doit être un Montaigu. Page , donne-moi mon épée. Comment , ce misérable osera venir ici, caché sous un masque grotesque , pour insulter avec mépris à notre fête? Par la famille et l'honneur de mon parent, je ne crois pas faire un crime en l'étendant mort ici
PREMIER CAPULET
Qu'y a-t-il, mon neveu? Pourquoi tempêteztous ainsi?
TYBALT
Mon oncle, cet homme est un Montaigu : c'est notre ennemi , un lâche qui est venu ici nous braver et se moquer de notre féte.
PREMIER CAPULET
Est-ce le jeune Romeo , est-ce lui ?
TYBALT
C'est lui-même, c'est cet odieux Romeo.
PREMIER CAPULET
Modérez-vous, honnête neveu; laissez-le en paix , il a l'air d'un noble cavalier ; et pour dire la vérité, tout Vérone parle de lui et le vante comme on jeune homme vertueux et d'une grande espérance. Je ne voudrais pas , pour tous les trésors de cette ville, qu'il reçût ici, dans ma maison, la moindre insulte. Calmez-vous donc, ne faites pas attention à lui : c'est ma volonté; et, si vous avez quelque respect pour moi , prenez un visage gracieux , et quittez cet air menaçant qui sied si mal dans une fête.
TYBALT
Cet air sied bien dans une fête où s'introduit un hôte aussi odieux ; je ne l'y souffrirai pas.
PREMIER CAPULET
Il y sera souffert , je vous dis qu'il le sera. Quoi donc, jeune homme? Suis-je le maître ici ou vous? Retirez-vous. Vous ne le souffrirez pas? Dieu me pardonne ! vous voudrez faire une émeute
parmi mes convives! Vous ferez ici l'entendu? vous ferez le maître!
TYBALT
Mon oncle , c'est une honte.
PREMIER CAPULET
nenrez-vous , reurez-\ous, jeune eiourcu. — Oui , ce que je dis est sérieux... Ce tour pourrait bien vous faire du tort... Je sais ce que je dis. Il faudra que vous veniez ici me contrarier! En vérité, vous prenez bien votre temps! Fort bien, mon ami. — Vous êtes un fat, sortez, tenez-vous tranquille , ou. .. — Plus de lumières , plus de lumières.— Cela est honteux. Je vous forcerai bien à être tranquille. — Allons, de la gaîté, mes amis. TYBALT.
Cette patience forcée et la bouillante colère dont je suis plein , dans l'effort de leurs mouvemens contraires, me donnent le frisson de la fièvre. Eh bien , je me retirerai ; mais la douceur apparente que m'impose maintenant cette contrainte , se tournera en fiel amer.
(Utort.}
ROMEO à «telle.
Si ma main profane ose toucher la main d'une immortelle, et que ce soit un crime, voici ma douce pénitence : mes lèvres vont l'expier par un tendre baiser.
JULIETTE
Beau pèlerin, vous vous faites injure : c'est en baisant la main que les pèlerins saluent; ils touchent la main des saints qu'Us vont visiter.
ROMEO
Mais les pèlerins ont aussi des lèvres.
JULIETTE
Oui , mais elles sont consacrées à prier. ROMEO.
Oh! alors, chère sainte, permets à mes lèvres de faire ce que font les mains. Elles prient, exauceles, de peur que la foi ne se tourne en désespoir.
Les saints ne remuent pas , tout en accordant ce que la prière leur demande.
ROMEO
Ne remuez donc point tandis que je vais recueillir le fruit de ma prière. Ainsi mes lèvres sont purgées de leur péché par les vôtres.
JULIETTE
Alors mes lèvres ont le péché qu'elles ont pria»
ROMEO ET JULIETTE
ROMEO
Le péché de mes lèvres ! ô doux échange 1 rendez-moi mon péché.
JULIETTE
Vous donnez des baisers en maître (1).
LA NOURRICE
M adame , votre mère veut vous dire un mot.
ROMEO
Quelle est sa mère?
LA NOURRICE
Beau cavalier, sa mère est la maîtresse de ce logis, et c'est une bonne dame, sage et vertueuse. J'ai nourri sa fille, avec qui vous causiez; je peux vous garaotir que celui qui l'épousera pourra se vanter d'une bonne fortune.
BENVOLIO.
Allons, Romeo, partons, le bal tire à sa fin,
ROMEO
Oh ! je crains bien qu'avec lui ne finissent aussi ma paix et mon repos.
PREMIER CAPULET
Arrêtez , cavaliers , ne songez pas encore à nous quitter. Nous avons ici quelques rafraîchissemens. — Vous le voulez donc absolument? Allons, je vous rends grâces à tous; honnêtes cavaliers, bonne nuit. — Apportez plus de flambeaux. — Allons , allons donc chercher nos bts : ah ! par ma foi, aux lumières , je vois qu'il se fait tard. Je vais aussi me reposer.
(Us sortent.)
JULIETTE
Approchez, nourrice; dites-moi quel est ce cavalier, là-bas.
LA NOURRICE
C'est le fils et l'héritier du vieux Tibcrio.
JULIETTE
Quel est celui qui vient de sortir dans le moment?
LA NOURRICE
C'est, je crois, le jeune Petruchio.
Et celui qui le suit , et qui d'abord ne voulait pas danser?
(1) You kiu by ihe Oook. Letournenr a pensé une partie I de ce dialogue , depuis Oh ! alors , Jusqu'à en maUrt. X
LA NOURRICE
Je ne le connais pas.
JULIETTE
Allez, demandez son nom. — S'il est marié, je crains bien que mon tombeau ne soit mon lit nuptial.
LA NOURRICE
Son nom est Romeo : c'est un Montaigu , le fils unique de votre plus grand ennemi.
JULIETTE
Mon amour est donc né au sein de la haine... Ah ! je l'ai vu trop tôt , celui que je ne connaissais pas, et je l'ai connu trop tard ! C'est pour moi une étrange destinée d'amour, qu'il me faille aimer un ennemi détesté.
LA NOURRICE
Que disiez-vous là? que disiez- vous?
JULIETTE
Je répétais un vers que je viens d'apprendre du cavalier avec lequel j'ai dansé.
(Une Toix, dut l'intérieur, appelle Juliette.) LA NOURRICE.
Tout à l'heure, tout à l'heure. Venez, sortons, tous les étrangers sont partis.
(II» fortenU)
(Entre le choeur.)