SCENE PREMIERE, umn
Entre ROMEO mL
Puis-je me traîner plus loin , lorsque mon cœur est ici! Reviens sur tes pas, masse stupide, et t'atrëtc au centre où est ton repos.
(n tort.)
( Entrent B«*ro>io et Hettatio.)
BENVOUO.
Romeo, mon cousin Romeo!
MERCCTIO.
Il n'est pas si fou , et sur ma vie , il se sera retiré chez lui , et se sera couché.
BENVOUO.
Non ; il aura couru par cette rue , et sans doute franchi le mur de ce verger. Appelle-le encore, bon Mercutio.
MEBCOTIO.
Oui , et même je veux l'évoquer par des noms magiques.— Eh bien , Romeo! la passion , la folie, romanesque amant ! apparais-nous sous la forme d'un soupir. Réponds-nous, dis-nous seulement un vers , et je suis satisfait ; — seulement un héias .' malheureux. Faisseulement rimer amour avec vautour; adresse à ma commère Vénus un mot de douceur, un sobriquet à son fils et hériritier aveugle, Adam Cupidon, qui tira si bien quand le roi Cophctua fut amoureux de la jeune mendiante (1). Il ne m'entend point , il fait le mort; et il faut que je le conjure par des moyens plus puissans. — Romeo, je te somme par les
(1) Lelournenr a omis ce pacage , dan» lequel Phakfpeare fait allusion à Adam Bell . fameui archer, et a une ballade , publiée plos lard dans le Recueil de Pcrcy.
yeux brillans de ta maîtresse , par son beau front , par l'incarnat de ses lèvres , par son pied délicat, par sa jambe si fine, par ses appas cachés, de nous apparaître sous ta forme naturelle.
BENVOUO.
S'il t'entend , tes plaisanteries roffenseronL
MEBCLTIO.
Ce que je dis ne peut l'offenser ; ce qui pourrait le fâcher, ce serait un rival heureux qui lui ravirait son bouton de rose. Mais moi, mon invocation est honnête et gracieuse : c'est au nom de sa maîtresse que je le conjure de se montrer a nous.
BENVOUO.
Viens , il se sera enfoncé sous ces arbres , pour n'y trouver d'autre compagnie que la nuit et son ombre mélancolique : son amour est aveugle, et s'accommode à merveille des ténèbres.
mebcutio.
Si son amour est aveugle , il ne pourra frapper au but - Sans doute il va s'asseoir sous quelque arbre, et là, s'épuiser en vœux insensés (2). Romeo, bonne nuit! moi, je vais gagner mon ht. Ce ht des champs est trop froid pour moi , je n y dormirais pas. Eh bien ! Benvolio , partons-nous?
BENVOUO.
Allons ; aussi bien , c'est en vain que l'on cherche un homme qui ne veut pas qu'on le trouve.
(Us icrtMtO
(2) Celle phrase est représentée dans l'original PU cinq vers aussi obscurs qu'indécent.
ROMEO ET JULIETTE