‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 167 sur 689 · ACTE III, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IV

ta déshonores ta forme homiioe , ton amour et ta raison. Riche possesseur de ces trois trésors, qoi appartiennent à ton existence, comme l'avare , tu ne fais d'aucun le véritable usage qui leur convient. Ta personne , en perdant le courage qui caractérise 1 homme, n'offre plus qu'un simulacre de cire. Le tendre amour que tu as juré devient le plus grand des parjures . si tu le détruis cet amour que tu as fait vœu de conserver précieusement. Ta raison, cet ornement de ta personne et de ton amour, n'est plus qu'un guide insensé qui les conduit tous deux à leur ruine ; elle ressemble à la poudre dans la cartouche d'un soldat maladroit : le salpêtre prend feu par son ignorance , et il périt mutilé par l'instrument destiné à le défendre. — Allons , homme , reprends courage : ta Juliette est vivante, ta Juliette pour l'amour de qui tu étais mort il n'y a qu'un moment ; n'es-tu pas heureux en ce point ? Tybalt a voulu te donner la mort , et tu Pas donnée à Tybalt ; en ce point encore tu es beureux. La loi , qui te menaçait de la mort , est devenue ton amie , et n'a prononcé que l'exil ; en cela tu es encore heureux. Le bonheur verse par flots ses dons sur ta téte ; la fortune te caresse et te sourit; et toi, comme une jeune écervelée, sans honneur et sans ame , tu foules sous tes pieds ta fortune et ton amour. Prends-y garde, prends-y garde : tes pareils meurent misérables. — Allons, va rejoindre ton amante, comme il a été convenu ; monte à son appartement ,• pars et va la consoler. Mais souviens-toi de la quitter avant que la garde ait pris son poste ; car alors tu ne pourrais plus passer a Mantoue , ofi tu dois rester jusqu'à ce que nous poissions trouver l'occasion de rendre ton mariage public , de te réconcilier avec tes amis , d'obtenir ta grâce du prince , et de te faire rentrer dans cette ville avec plus de transports de joie que tu n'auras poussé de gémissemens en la quittant. Nourrice , va l'annoncer à Juliette ; recommande-moi à ta maîtresse, et dis-lui d'engager toute sa maison à se retirer, pour prendre un repos que leur chagrin doit leur faire désirer. Romeo suit tes pas.

LA NOCRRICE.

O Seigneur ! je resterais ici toute la nuit à entendre vos sages conseils. Oh! ce que c'est que la science ! Monseigneur, je vais annoncer à ma maîtresse que vous allez venir.

ROMEO

Ta, et dis à ma douce amie de s< a me faire bien des reproche*.

LA NOURRICE

Voici , seigneur, un anneau qu'elle m'a chargée de vous donner. Hâtez-vous, faites la plus grande diligence ; car la nuit est déjà bien avancée.

Oh ! comme ce don de Juliette courage!

FRÈRE LAURENCE

Partez : nuit heureuse! Toute votre destinée dépend de ceci : ou sortez de la ville avant que la garde soit postée, ou au point du jour fuyez déguisé. Fixez votre séjour à Mantoue : je trouverai un homme qui, de temps en temps, ira vous instruire de tout ce qui arrivera d'heureux ici. Donnez-moi votre main, il est tard : adieu, nuit heureuse!

ROSŒO.

Si une joie au dessus de toutes les joies ne m'appelait pas loin de toi, ce serait un grand chagrin pour moi de m'en séparer si ment. Adieu !

(Il* »o rient.)

8CÈSE IV.

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