‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 200 sur 689 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

Non, chère Valérie : excusez-moi ; en vérité, je De sortirai pas.

VALÉRIE

En vérité, vous viendrez avec moi ; je vous apprendrai d'heureuses nouvelles de votre époux.

VIRGIUE.

Oh! madame, vous ne pouvez pas encore en avoir.

VALÉRIE

Je ne plaisante pas : on en a reçu hier au soir.

MARCIUS, TITUS LARTIUS,

Tient k

D'honneur, madame?

VALÉRIE

Sérieusement : je ne vous trompe pas. Ce que je sais, je le tiens d'un sénateur; voici la nouvelle. Les Volsques ont une armée en campagne , le général Cominius est allé l'attaquer avec une partie de nos forces. Votre époux et Titus Lartius sont campés sous les murs de Corioles; ils ne doutent pas du succès de ce siège, qui terminera bientôt la guerre. Je vous dis la vérité , sur mon honneur. — Venez donc avec nous, je vous en conjure.

Voici

MARCIUS

: je gage que les

Excusez-moi pour aujourd'hui, madame, et la suite je ne tous refuserai jamais rien.

VOLUMNIE.

Laissez-la senle, madame : de l'humeur dont elle est, elle ne ferait que troubler nos

VALÉRIE

Je le crois : adieu donc— Ah ! plutôt, venez, aimable et chère amie ; venez avec nous, Virgilic ; daignez sortir de votre auguste mélancolie, et suivez vous.

VIRGIUE.

Non , madame ; non, en un mot. Je ne dois pas sortir.— Je vous souhaite beaucoup de plaisir.

( Kli «■•orient.)

Eh bien donc... Adieu.

il u'y

LARTIUS.

je gage que non , mon cheval contre le voire.

MARCIUS

J'accepte la gageure.

LARTIUS.

Je la tiendrai.

Dis-moi , notre général

LE MESSAGER

Les deux armées sont en présence ; a point encore eu de pourparler.

LARTIUS.

Ainsi votre superl>e cheval est à mou

MARCIUS

Je veux k racheter de vous.

LARTIUS.

Moi, je ne veux ni vous le vendre, ni vous le donner; mais je vous le prête pour cinquante ans. — Sommez la ville.

MARCIUS

A quelle dislance de nous sont les deux années?

LE MESSAGER

A un mille et demi.

MARCIUS

Nous pourrons donc entendre leurs cris de guerre, et eux les nôtres? — C'est dans ce moment, ô Mars, que je te conjure de hâter ici notre ouvrage, afin que nous puissions voler des murs de Corioles soumise, au secours de nos amis en bataille , nos épées déjà fumantes du sang des Volsques. — Allons, sommez la ville.

( U Km de la trompette appelle le* eonmaU k une eoDfereocv-. Entrent de, tenaient», avec d'autre», tir 1m non. »

Tullus Aufidius est-il dans la ville?

PREMIER SÉNATEUR

Noo ; mais il n'y a pas on homme ici qui ,

CORIOLAN

comme loi, ne tous brave sans la moindre peur. — Entendez -vous résonner nos instrumens de guerre , qui rassemblent notre jeunesse ? Nous renverserons nos murs, plutôt que de nous y laisser emprisonner : nos portes , qui vous semblent fermées, n'ont pour barrière que de faibles roseaux ; elles vont s'ouvrir d'elles-mêmes. Entendez-vous ces cris dans l'éloignement ?

( Alarme loin. )

C'est le brave Aufidius : c'est la voix de la victoire qui le couronne sur les débris de votre armée.

MARCIUS

Oh ! Us sont aux prises.

LARTIUS.

Que leurs cris nous servent de leçon : vite des

échelles.

(Entrent te. Vnleqiie».)

Us ne nous craignent pas ! ils osent sortir de leur ville ! — Allons , soldats , serrez vos boucliers contre votre cœur , ou plutôt combattez avec un cœur plus ferme que vos boucliers. Avancez, vaillant Titus. L'eussions-nous pensé, qu'ils nous braveraient à ce point? Mon indignation fait échapper la sueur de tous mes pores. — Venez , braves compagnons. Celui de vous qui recule , je le traierai comme un Volsque. Il périra sous mon glaive.

. Alarme, Le» Romain* son! battu* et réponde* joaque dan* leur* retrancneinw*. Rrnlre Sarcitu.)

MARCIUS

Que la peste et tous les fléaux contagieux du midi fondent sur vous, vous, la honte de Rome ! Que la foule des maladies incurables vous dévore et vous couvre de plaies honteuses ! Que la corruption vous gagne de l'un à l'autre , et répande au loin sur les vents un air infecté qui vous rende des objets d'horreur, avant même qu'on vous ait aperçus 1 Lâches , vous n'avez point le cœur de l'homme ; vous n'eu portez que la figure. Comment pouvez-vous fuir devant des esclaves , que battrait une armée de pygmées ? O l'Iuton ! ouvre-moi les enfers, plutôt que de me laisser voir ici mes concitoyens ignominieusement frappés par derrière , le dos rougi de leur sang et le front blême , fuyans et transis de peur. — Réparez votre faute , chargez de nouveau ; ou , par les feux du ciel , je laisse là l'ennemi , et tourne mes armes contre vous, je vous en avertis. Allons , avancez. Si vous voulez tenir ferme, nous allons les pousser jusque dans les bras de leurs femmes,

comme ils nous ont poursuivis jusque dans nos retranchemens.

( Antre alarme. Marciui lea Donnait juqVarc porte* de la rJOa.)

Bon ! les portes s'ouvrent : secondez-moi en braves. C'est pour les vainqueurs que la fortune élargit l'entrée de la ville , et non pour les fuyards. Regardez-moi , imitez-moi.

PREMIER SOLDAT

Quelle audace insensée ! Je ne le suivrai pas. DEUXIÈME SOLDAT.

Ni moi.

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