ACTE I, SCÈNE III
LE MESSAGER
Les Ottomans, révérends et gracieux (seigneurs), gouvernant sur l'île de Rhodes , ont fait dans ce parage leur jonction avec une autre floue.
PREMIER SÉNATEUR
Oui , je l'avais prévu. De quelle force, suivant votre estime?
LE MESSAGER
De trente voiles; et soudain, virant de bord, ils portent sans détour ni feinte leurs desseins sur Chypre. Le seigneur Montano, votre fidèle et très vaillant serviteur, avec l'assurance de sa foi, vous mande ceci et vous prie de l'en croire.
LE DOGE
Alors il est bien certain que c'est Chypre qu'ils menacent. Marcus Lucchesé n'est-il pas dans Venise?
PREMIER SÉNATEUR
U est maintenant a Florence.
LE DOGE
Écrivez-lui de notre part; priez-le qu'il parte, qu'il accoure. Hâtez-vous.
UN SÉNATEUR
Voici venir Brabantio et le vaillant More.
(Entrent Brabinlio, OtLcîK Jago, RoJerigo et de» uffieiar».}
Vaillant Othello, il nous faut vous employer de nouveau contre l'Ottoman , l'ennemi général. (A Brabantio.) Je ne vous voyais pas ; soyez le bienvenu, noble seigneur; nous avions besoin de vos conseils et de votre aide cette nuit.
BRABANTIO
Moi de même. Que votre bonne grâce me pardonne ! Ni ma place ni aucune nouvelle d'affaire ne m'a fait lever de mon lit. L'intérêt général n'a point de prise sur moi, car ma douleur personnelle est d'une nature si démesurée et si insupjKjrtable qu'elle engloutit et absorbe les autres clugrins, et cependant elle est toujours la même.
LE DOGE
Quoi ! qu'y a-t-U?
BRABANTIO
Ma fille! Ô ma fille!
UN SÉNATEUR
Morte?
BRABANTIO
Oui, pour moi; elle est soduite, elle m'est enlevée , et corrompue par des sortilèges et des phil-
tres achetés à des empiriques ; car une nature
qui n'est ni défectueuse, ni aveugle, ni dénuée de sens, pour s'égarer d'une manière si monstrueuse, ne pourrait sans magie...
Quel que soit celui qui, par ces manœuvres criminelles, ait privé votre fille de sa raison, et vous de votre enfant, vous lirez vous-même le livre sanglant des lois dans sa lettre amère, d'après vopre propre sens; oui, le coupable fût-il notre propre fils....
BRABANTIO
Je remercie humblement votre grâce. Voilà l'homme, ce More, que votre ordre spécial, U (me) semble, vient d'amener ici pour les affaires
TOUS
Noos en sommes désolés.
LE DOGE, a Othello.
Qu'avez-vous à répondre pour votre défense?
BRABANTIO
Rien, sinon que cela est,
OTHELLO
Très poissans, très graves et très respectables seigneurs, mes très nobles et très irréprochables maîtres , que j'aie enlevé la fille de ce vieillard , c'est très vrai ; il est vrai que je l'ai épousée : mon crime se borne à cela , il n'y a rien de plus. Je suis rude dans mon langage et peu doué du parler élégant de la paix ; car depuis que ces bras ont eu la vigueur de l'âge de sept ans, jusqu'à présent, à l'exception des neuf lunes dernières, ils ont fait leurs plus chers exercices dans les champs couverts de tentes ; et je ne puis dire sur ce grand univers que bien peu de chose de plus que ce qui concerne des faits de guerre et de bataille. C'est pourquoi, en parlant pour moi-même, j'enjoliverai peu ma cause ; cependant si votre gracieuse patience me le permet , je vous ferai un récit simple et sans déguisement du cours entier de mon amour. Je vous dirai par quels philtres, quels charmes, quelles conjurations et quelle puissante magie ( car ce sont les charges que l'on élève contre moi) j'ai séduit sa fille.
BRABANTIO
Une fille si timide, d'un esprit si calme et si tranquille qu'au moindre mouvement elle rougissait d'elle-même ! Et c'est elle qui , au mépris de sa nature, de son âge, de son pays, de sa réputation, de tout, serait devenue amoureuse de ee