‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 362 sur 689 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

sous le joug ; qu'elle est inondée de pleurs et de ! dans votre sein , il ne le sera jamais assez pour et que chaque jour ajoute de nouvelles plaies dévorer toutes les beautés qui viendront d'elles-

à ses premières blessures. Je crois bien encore que plus d'un bras s'armerait pour soutenir mes droits; et j'ai dans mes mains l'offre de plusieurs milliers de braves soldats , que la généreuse Angleterre est prête a me fournir. Mais après tout , quand j'aurai foulé sous mes pieds la téte du tyran , ou que je l'aurai plantée sur la pointe de mon épée, ma malheureuse patrie se trouverait en proie a plus de vices encore qu'auparavant ; elle souffrirait plus de maux en tout genre de l'homme qui succéderait au tyran»

Et quel serait donc cet homme!

MALCOLM

C'est moi-même dont je veux parler : je connais en moi tous les germes du vice si profondément enracinés, que, quand ils viendront à s'épanouir, le noir Macbeth paraîtra pur et blanc comme la neige; et ses malheureux sujets, une fois livrés à mes vexations sans bornes , ne verraient plus en lui qu'un agneau plein de douceur.

MACDUFF

Jamais de toutes les légions de l'enfer il ne pourra sortir on démon plus exécrable et plus pervers que Macbeth , et qui le surpasse en malice.

MALCOLM

J'avoue qu'il est sanguinaire, esclave de la luxure et de l'avarice, faux, trompeur, capri- :, méchant, et infecté de tous les vices qui un nom ; mais mon inépuisable passion pour la débauche est un abîme sans fond : vos femmes, vos filles, vos dames respectables et vos jeunes vierges, ne pourraient combler le gouffre insatiable de mon incontinence , et ma passion renverserait tous les obstacles que la vertu opposerait à mes désirs. Macbeth vaut mieux qu'un pareil roi.

MACDUFF

Une intempérance sans fin est une tyrannie : elle a dépeuplé avant le temps plus d'un trône fortuné , et précipité une foule de rois. Mais ne craignez point pour cela de vous charger de la couronne qui vous appartient. Vous pouvez abandonner à votre passion une vaste moisson de voluptés, et paraître encore tempérant, tout le temps que le bandeau du plaisir sera sous vos yeux. Nous avons assez de femmes d'une volonté facile ; et quelque vorace que soit le vautour qui convoite t.

mornes s'offrir à la majesté royale, dès qu'elles auront découvert ce penchant en elles.

MALCOLM

Avec ce vice, il a germé aussi dans ma malheureuse constitution une avarice si insatiable, que, si j'étais roi , je ferais trancher la téte aux grands pour m'emparer de leurs terres; je convoiterais les joyaux de l'un, le château d'un autre ; et l'accroissement de ma richesse ne ferait qu'aiguillonner ma passion et l'affamer davantage. J'irais jusqu'à susciter d'injustes querelles à mes sujets fidèles et vertueux , et je les détruirais pour

MACDL'FF.

L'avarice jette des racines plus profondes et plus pernicieuses que l'incontinence , qui du moins ne dure que l'été de la vie; l'avarice a été le glaive qui a égorgé nos rois. Cependant ne vous alarmez point encore : l'Ecosse a des domaines assez, même de ceux qui vous appartiennent, pour assouvir vos désirs; et les vices sont tolérantes , quand ils sont rachetés par d'autres vertus qui les compensent.

MALCOLM

Moi , des vertus! je ne m'en connais aucune : toutes celles qui , comme autant de grâces , ornent un roi, justice, franchise, tempérance, fermeté, bonté , persévérance, clémence , modestie , piété, patience , courage, bravoure, je ne me sens aucun goût pour elles, et j'ai tous les vices contraires : le mal, sous toutes ses formes, abonde dans mon sein. Oui , si j'avais le pouvoir en main , je répandrais, dans l'abîme infernal, tout le lait de la bienveillance humaine ; je voudrais troubler la paix de l'univers, et détruire toute union sur la terre.

MACDUFF

O Ecosse, malheureuse Ecosse !

MALCOLM

Si vous jugez qu'un tel homme soit digne de régner, parlez; je suis l'homme que je vous ai peint.

MACDUFF

Digne de régner I Non : il ne l'est même pas de vivre. O nation misérable, sous le joug d'un tyran usurpateur, armé d'un sceptre ensanglanté ! quand verras-tu renaître tes beaux jours, puisque le rejeton légitime de ton trône se maudit par sa propre bouche, et blasphème sa naissaucc? Votre

MACBETH

père était un saint et vertueux roi ; la reine , qui tous a ]>orlé dans sou sein , plus souvent à genoux que sur ses pieds , vivait chaque jour comme s'il eut été le dernier de sa vie. Oh! adieu, je vous laisse : ce sont tous ces vices affreux , dont vous vous accusez vous-même , qui m'ont banni de l'Écosse. O mon cœur, ta dernière espérance s'évanouit ici !

MALCOLM

Macduff, ce noble transport, né de ta loyauté sincère , a effacé de mon ame tous ses noirs soupçons, et réconcilié mes pensées avec l'opinion de ta fidélité et de ton honneur. L'infernal Macbeth , par mille artifices semblables, a déjà tenté de me séduire et de m'attirer sous sa puissance ; et une j sage prudence me défend une crédulité trop pré- ] cipilée. Mais que le Dieu suprême soit juge entre j tui et moi ! De ce moment je m'abandonne à tes j conseils ; je rétracte les calomnies que j'ai proférées contre moi ; et j'abjure ici tous les reproches, toutes les imputations dont je me suis chargé , comme étrangers à mon caractère. Je suis encore j inconnu à la femme; jamais je ne fus parjure; à peine ai-jc convoité mon propre bien ; jamais je n'ai violé ma parole ; je ne trahirais pas un démon pour un autre démon; et la vérité m'est aussi chère que la vie. Le premier mensonge qui soit sorti de ma bouche, tu viens de l'entendre; il était contre moi. C'est à toi et à ma malheureuse patrie qu'il appartient de gouverner et d'employer ce que je suis en effet ; et déjà , avant ton arrivée en ce lieu , le vieux Siward, à la tète de dix mille braves soldats, tout prêts à se rendre au lieu marqué, se mettait en marche pour l'Écosse. Maintenant, nous irons ensemble, et puisse l'événement du succès répondre à ta justice ae notre cause! — Pourquoi gardez- vous le silence?

MACDUPF.

Tant d'idées agréables, et tant d'idées fâcheuses, entrées ensemble dans mon ame, ue sont pas aisées à concilier dans un instant !

( Boire un médecin. ) MALCOLM.

Nous en parlerons encore. — Je vous prie, le roi va-t-il paraître?

LE MÉDECIN

Oui, seigneur : son palais est rempli d'une foute d'infortunés qui attendent de lui leur guéridon. Leur maladie résiste aux plus puissans moyens de l'art ; mais dès que la main du roi les

touche, ils guérissent dans le moment : tant le ciel a doué sa main royale d'une vertu céleste !

MALCOLM

Je vous remercie , docteur.

(Le médecin *orL) MACDUPF.

Quelle est la maladie dont il veut parler?

MALCOLM

On l'appelle le mal du roi : c'est une miraculeuse opération de ce bon prince , et dont j'ai été moi-même souvent témoin, depuis mon séjour dans cette cour. Comment il se fait exaucer du ciel , lui seul le sait ; mais ce qui est visible, c'est une foule de peuple affligé d'un mal étrange , tout bouffis et couverts d'ulcères , tristes objets de pitié et le désespoir de la médecine : le roi les guérit en suspendant à leur cou une médaille d'or, qu'il accompagne de prières; et l'on dit qu'il transmettra aux rois ses successeurs ce don salutaire et miraculeux. Outre ce prodige, l'Éternel lui a encore accordé le don de prophétie , et son trône est enrichi d'une foule de bénédictions du ciel, qui annoncent assez que ce bon rot est plein de grâce* devant l'Être supn-me.

( Entri? Roue. )

MACDIFF.

Voyez qui vient ici?

MALCOLM

C'est un de mes compatriotes ; mais je ne le reconnais pas encore.

.MACDLKF.

Mon noble cousin, soyez le bicnvtuu.

MALCOLM

Je le reconnais à présent. Puisse le Dieu bienfaisant détruire bientôt les causes qui nous rendent ainsi étrangers l'uu à l'autre!

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