‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 364 sur 689 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

violente douleur y sont regardés avec mépris, comme les convulsions factices de nos fanatiques modernes. La cloche funèbre sonne à chaque instant les funérailles d'un mort, sans qu'on demande seulement pour qui. La vie des hommes de bien expire plus vite que la fleur dans le bouton; ils meurent avant d'être malades.

MACDUFF

O fécit emphatique, mais trop vrai !

MALCOLM

Quel est le malheur le plus nouveau?

ROSSE

Le malheur qui date d'une heure fait siffler celui qui le raconte : chaque minute enfante un nouveau désastre.

MACDUFF

Comment se porte ma femme?

ROSSE

Mais, bien.

MACDUFF

Et tous mes enfans?

ROSSE

Bien aussi.

MACDUFF

Et le tyran n'a pas attenté à leur paix?

ROSSE

Non ; ils étaient tous en paix quand je les ai quittés.

MACDUFF

Ne soyez point avare de vos paroles : en quel état sont les choses ?

ROSSE

Lorsque j'y arrivai, pour porter la nouvelle que j'ai annoncée à regret , il courait un bruit qu'il s'était formé un parti de plusieurs braves, et j'eu ai cru la vérité, lorsque j'ai vu l'armée que le tyran a mise sur pied. Il est temps maintenant de les seconder. Votre présence en Ecosse, d'un coup d'oeil, y créerait des soldats, elle armerait jusqu'aux femmes. Qui combattraient nour s'affranchir de leurs maux affreux.

MALCOLM

Qu'ils se consolent ; nous allons marcher à leur secours. La généreuse Angleterre nous a prêté dix mille soldats, conduits par le brave Siward : l'Europe n'a point de guerrier plus vaillant et plus consommé.

ROSSE

Plût au ciel qu'en retour de cette nouvelle con-

solante j'en eusse une pareille à vous annoncer ! Mais j'ai à proférer des paroles qui ne devraient être exhalées que dans le désert de l'air, où nulle oreille humaine ne pût les entendre.

MACDUFF

Qui intéressent -elles? Est-ce la cause générale, ou une douleur privée qui n'appartienne qu'à un cœur?

ROSSE

Il n'est point d'à me, pour peu qu'elle soit honnête, qui ne prenne sa part de douleurs dans ce désastre; mais la plus grande portion vous reste à vous seul.

MACDUFF

Si c'est à moi qu'elle s'adresse, ne me la retiens pas plus long-temps ; hâte-toi de m'en accabler.

ROSSE

Promettez-moi de ne pas détester à jamais l'organe sinistre qui va affliger vos oreilles des plus affreux sons qu'elles aient jamais ouïs.

MACDUFF

Hom ! je devine !

ROSSE

Votre château est pris, vou-e femme et vos petits enfans inhumainement massacrés. Vous raconter les circonstances, ce serait vouloir ajouter votre mort au meurtre de ces faibles et chères victimes.

MA1COLM.

Ciel pitoyable ! — Allons , homme , n'enfoncez point voD;c chapeau sur votre front ; donnez à votre douleur une voix et des paroles : le chagrin qui reste muet murmure dans le cœur gonflé et le brise.

MACDIFF.

Mes enfans aussi ?

ROSSE

Femme, enfans, serviteurs , tout ce qu'ils ont pu trouver.

MACDUFF

Et faut- il que je sois absent de ce lieu ! Ma femme tuée aussi !

ROSSE

Je vous l'ai dit.

MALCOLM

Prenez courage. Cherchons notre coDsoiatiou dans une grande vengeance ; c'est le seul remède a ces chagrins mortels.

H n'a point d'enfuis ! — Tons mes petits enfans ! Avez-vous dit : Tons ? Quoi ! tous? O monstre infernal ! Tous 1 Quoi ! tous mes jolis en fans avec la mère ! Tous du même coup barbare !....

le contre le

MACDUFF

Je le ferai ; mais je ne puis m'empêcber non plus de le sentir en homme. Il ne m'est pas possible d'oublier des objets qui m'étaient si chers et si précieux. Quoi ! le ciel l'a vu , et n'a pas pris leur défense ! Coupable Macduff ! ils ont tous été frappés pour toi. Misérable que je suis 1 ce n'est pas pour leurs fautes , c'est pour expier les miennes que le meurtre a fondu sur eux. Que le ciel maintenant leur donne la paix !

MALCOUf.

Que ce malheur affile le tranchant de votre

épée;

11ACDUFF.

Oh ! je pourrais verser des flots de larmes comme une femme, et me répandre en de vaines menaces de vengeance, filais , 6 ciel propice , abrège tout délai, et place , front contre front , cette furie de l'Écosse et moi : place-le à la portée de mon épée ; et s'il m'échappe , alors pardonne-lui aussi.

MALCOLH.

Ces accens sont d'un nomme. Allons trouver le roi. Notre armée est prête ; il ne nous reste qu'à prendre congé de lui. Macbeth est mûr pour sa ruine , et les puissances du ciel arment les ins trumens de leur vengeance. — Acceptez tout ce qui peut vous consoler. C'est une longue nuit que celle qui ne trouve jamais le jour.

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