‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 470 sur 689 · ACTE III, SCÈNE IT · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IT

CÉUE.

Ils ont quelque chose de plus foncé que les cheveux de Judas (1); vraiment ses baisers sont des baisers de traître.

Dans le vrai, ses cheveux sont d'une bonne couleur.

Une charmante couleur ! Châtains! ce fut toujours votre couleur favorite.

ROSAUNDE.

Et ses baisers sont aussi saints, aussi chastes que le toucher de la barbe sacrée d'un ermite.

CÉUE.

Il s'est procuré une bouche exactement moulée sur celle de Diane ; une froide nonne, dévouée au stérile hiver, ne donne pas des baisers plus innocens ; ils ont toute la glace de la chasteté même.

ROSALINDE

Mais pourquoi a-t-il juré qu'il viendrait ce matin , et ne vient-il pas ?

CÉUE.

Non certainement, il n'y a en lui aucune sincérité.

ROSALINDE

iî

Oui : je ne crois pas qu'il soit un filon ni un voleur de chevaux ; mais quant à sa sincérité en amour, je pense qu'il est aussi vide et aussi creux qu'un gobelet couvert, ou qu'une noix rongée par le ver.

ROSALINDE

Il n'est pas sincère en amour?

CÉIJE.

Il peut l'être lorsqu'il est amoureux ; mais je no pense pas qu'il le soit.

J'ai rencontré hier le duc, avec qui je causai long-temps. Il me demanda quelle était ma famille ; je Ini répondis qu'elle était aussi bonne que la sienne; il se mit à rire, et me laissa aller. Mais pourquoi parlons-nous de pères et d'aïeux , lorsqu'il y a un homme dans le monde tel qu'Orlando?

Oh ! c'est un galant à la mode ; il fait des vers à la mode , il se sert d'expressions à la mode , il fait des sermens à la mode , et il les rompt de même ; amant faux et maladroit , il ne fait jamais qu'effleurer le cœur de sa maltresse , tel qu'un jeune cavalier qui ne pique son cheval que d'un côté, et brise sa lance (1) obliquement et de travers, comme un insigne étourdi ; mais tout ce que la jeunesse monte et ce que la folie guide est toujours bien et à la mode. — Qui vient ici ?

( Soin Corii.)

CORIN.

Maîtresse et maître, vous avez souvent fait des questions sur ce berger qui se plaignait de l'amour, ce berger que vous avez vu assis auprès de moi sur le gazon , vantant la ûère et dédaigneuse bergère qui est sa maltresse.

CÉUE.

Eh bien ! qu'as-tu à nous dire de lui ?

CORIN.

Si vous voulez voir jouer une vraie comédie entre la pâle couleur d'un amour sincère et la rougeur ardente du mépris et de l'orgueil dédaigneux , suivez-moi un peu , et je vous y conduirai, si vous êtes d'humeur de jouir de ce spectacle.

Tu l'as entendu jurer sans hésiter qu'il l'était.

CÉUE.

H était n'est pas il est; d'ailleurs^ le serment d'un amoureux ne vaut pas mieux que la parole d'un garçon de cabaret : l'un et Pautre^aflirraent de faux comptes.— Il est ici dans la forêt, a la suite du duc votre père.

(1) Judas émit peint les cheveux roux et U barbe dent les anciennes tapisseries.

Stekvkrs.

Oh ! venez ; partons sur-le-champ ; la vue des amoureux nourrit ceux qui le sont. Conduis-nous à ce spectacle ; vous verrez que je jouerai le rôle d'un principal acteur intéressé dans leur comédie.

i (1) Dans une Joute. I ' en ligne directe, contre la poitrine de son adversaire;

la honte , de la briser de c6lé et en ligne oblique : ainsi | on reproche ici à Orlando de ne savoir pas Taire l'amour, et de se conduire comme on jouteur maiadroitou crain tif.

COMME VOUS L'AIMEZ

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