ACTE V, SCÈNE IV
TOUCHSTONE.
Salut ei complimcns à tous!
JAQUES
Mon bon seigneur, faites-lui accueil : c'est cet esprit fou que j'ai si souvent rencontré dans la forêt ; il jure qu'il a été jadis homme de cour.
Si quelqu'un en doute , qu'il me soomette à l'épreuve. J'ai dansé en mesure, j'ai cajolé une dame, j'ai été double avec mon ami, j'ai caressé mon ennemi , j'ai ruiné trois marchands d'étoffes, j'ai eu quatre querelles, et j'ai été à la veille d'en vider une l'épée à la main.
jaques.
Et comment s'est-elle terminée?
TOUCHSTONE.
Sur ma foi, nous nous sommes joints au rendezvous, et nous avons trouvé que la querelle n'en était pas à la septième cause.
jaques.
Que voulez-vous dire par la septième cause?— Won bon seigneur, comment goutez-vous ce drôl d'original?
LE vieux duc.
11 me plaît singulièrement.
TOUCHSTONE.
Dieu veuille vous en récompenser, monsieur! Je désire la même chose de vous , et que vous me plaisiez aussi.— J'accours ici en hâte, monsieur, au milieu de tous ces couples, pour jurer comme le mariage l'ordonne, et me parjurer après, quand la chaleur du sang le veut. Une pauvre jeune fille , monsieur, un minois assez laid, monsieur; mais un cœur qui est a moi : une pauvre fantaisie à moi, monsieur, de prendre ce dont nul autre homme ne veut. La riche honnêteté selo^c comme un avare, monsieur, dans une pauvre chaumière , comme votre perle dans votre vilaine huître.
LE VIEUX DUC
Par ma foi, il a l'esprit sentencieux et vif.
TOUCHSTONE.
Comme le trait que lance le fou, monsieur.
JAQUES
Mais revenons à la septième cause. Comment avez-vous trouvé que la querelle était près de monter à la septième cause?
TOUCHSTONE.
Par un démenti sept fois repoussé. — Audrey, donnez à votre corps un maintien plus gracieux! —A peu près comme ceci, monsieur. J'ai désapprouvé la manière dont certain courtisan s'était coupe la barbe ; il m'envoya dire que si je ne trouvais pas sa barbe bien faite, lui il pensait qu'elle était très bien. C'est ce qu'on appelle la réponse de cour. Si je lui soutenais encore qu'elle était mal coupée, il me répondrait qu'il l'a coupée ainsi parce qu'elle lui plaisait ainsi. C'est ce qu'on appelle réponse caustique. Si je prétendais encorequ'eUe est mal coupée, il me taxerait de manquer de jugement. C'est ce qu'on appelle la n plique grossière. Si je persistais encore à dire qu'elle n'était pas bien coupée, il me répondrait, que cela n'est pas vrai. C'est ce qu'on appelle la riposte vaillante. Si j'insistais encore à dire qu'elle n'est pas bien coupée, il me dirait que j'en ai menti. C'est ce qu'on appelle la riposte querelleuse. Et ainsi jusqu'au démenti conditionnel, et au démenti direct.
JAQUES
fct combien de fois avez-vous dit que sa barbe était mal faite?
Je n'ai pas osé passer le démenti conditionnel, et lui n'a pas osé non plus me donner le démenti direct; et comme cela, nous avons i épées, et nous nous sommes séparés.
JAQUES
Pourriez-vous maintenant nous nommer, par ordre, les différentes gradations d'un démenti?
TOUCHSTONE.
Oh ! monsieur, nous querellons d'après l'imprimé, suivant le livre (1); comme nous avons aussi des livres pour les belles manières. Je vais
(1) On «ait combien dominait du temps de Shakspeara Je ,lucl m forme. Le poète attaque cette barbarie . cet affreux préjugé qui déshonore notre époque civilisée mats auquel il faut quelquefois se soumettre avec une adresse et un comique bien dignes de remarque. Le livre ridicule auquel il fait allusion est de Vincentio Saviolo, De l honneur et des querelle* honorablet. Il fut imprimé par Wolf, in-4 . en 1594. C'est un tissu d'absurdités et de ridicules qui alors étaient pris au sérieux. Molière cet homme qui ne «cillera pas. a aussi attaqué le duel dans Don Juan ; J.-J. Rousseau . le plus grand comme le plus sublime des moralistes , l'a foudroyé de son éloquence. Et pourtant celte infamie est pcut-éJi truciible ! 6 pauvre humanité !
COMME VOUS L'AIMEZ. — ÉPILOGUE
d'approuver dans cette pièce tout ce qui leur en plaît. Et tous , hommes , je tous somme , au nom de l'amour que tous portez aux femmes (car je m'aperçois à votre sourire que nul de tous ne les hait) , d'approuver de cette pièce ce qui en plaît aux dames; en sorte qu'entre elles et tous, tous partagiez la tâche de son succès. Si j'étais une femme, j'embrasserais tous ceux qui, parmi tous, auraient des barbes qui me plairaient, des
physionomies a mon goût, et des baleines qui ne me rebuteraient pas ; et je suis sûr que tous ceux d'entre tous qui ont de belles barbes, des faces joyeuses et de douces haleines ne manqueront pas, en reconnaissance de mon offre gracieuse, de m'adresser un galant adieu , quand je vous ferai ma révérence.
FW Wï CINQUIÈME JiT 1*KRMU: ACTK.
TITUS ANDRONICUS
PERSONNAGES
SATTJRNINÛS , file du dernier empereur de Rome, et
ensuite proclamé empereur.
BASSIANUS, frère de Salurninus, amant de Lnvinia. TITCS ANDRONICUS. noble romain, général dans la
guerre contre les Golbs.
MARCUS ANDRONICUS. tribun du peuple et frère
deTHtu. QUINTU8, L ICI US MUTIUS
le jbunr LUCIUS, enfant de Lnciui.
PLRLIUS. 13U de Marcus le tribun, et neveu de Titus Andronicus.
JS.* \ 08. (
fils de Ti lus
Cls de Tamoro.
SEMPROMIS.