‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 605 sur 689 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

TIMON

Volontiers , je chasserai avec lui : qu'on reçoive son présent , mais qu'on me venge noble-

FLAVIUS à pirt.

Quelle sera la ûn de tout ceci? Il nous ordonne de faire des provisions , de rendre de riches présens, et tout cela avec un coffre vide; et il ne veut pas sonder le fond de sa bourse , ni m'accorder un moment pour lui démontrer à quelle indigence extrême est réduit son cœur, qui n'a plus les moyens d'effectuer ses vœux. Ses promesses excèdent si prodigieusement sa fortune que tout ce qu'il promet est une dette nouvelle qu'il contracte : chaque parole lui donne un créancier de plus ; il est assez bon pour payer encore les intérêts. Ses terres sont toutes couchées sur leurs livres usuraires. Oh ! que je voudrais bien être tout doucement congédié de mon office avant que la nécessité me force à le quitter ! Plus heureux est Thomme qui n'a point d'amis, que l'homme entouré d'amis plus funestes que les ennemis mômes. Le cœur me saigne de douleur pour mon bon maître.

(Il mat.)

TIMON

Vous ne vous rendez pas justice ; vous rabaissez trop votre mérite. —Voici, monseigneur, une bagatelle comme gage de notre amitié.

PREMIER SEIGNEUR

Je la reçois , et j'en suis singulièrement reconnaissant.

TROISIÈME SEIGNEUR

Oui, il a le cœur de la bonté même.

TIMON

A propos, monseigneur, je me rappelle que vous avez beaucoup vanté l'autre jour un coursier bai que je montais. Il est à vous, puisqu'il vous a plu.

DEUXIÈME SEIGNEUR

Oh! je vous prie, monseigneur, excusez-moi; je ne puis.

TIMON

Vous pouvez m'en croire, monseigneur, je sais par expérience qu'on ne loue bien que ce qu'on aime et ce qu'on désire : je juge des sentimens de mon ami par les miens. Ce que je vous dis est la vérité. J'irai vous faire visite.

TOUS LES SEIGNEURS

Oh ! jamais hôte ne sera accueilli avec plus de joie.

TIMON

Et vos personnes et vos obligeantes visites me sont si chères que ce n'est pas assez de les payer par des remercîmens. Je voudrais pouvoir donner des royaumes à mes amis , et je ne me lasserais jamais. — Alcibiade , tu es un guerrier, et les guerriers sont rarement opulens; je veux secourir ta bourse. Tu vis sur les morts, et toutes les terres que tu possèdes sont le champ de bataille et le butin.

ALCIBIADE

Je me moque de terres , moi.

PREMIER SEIGNEUR

Nous vous sommes infiniment redevables.

TIMON

C'est moi qui vous dois beaucoup.

DEUXIÈME SEIGNEUR

Croyez à toute la tendresse de notre amitié.

TIMON

Vous êtes tous mes amis. — Des flambeaux I plus de flambeaux!

PREMIER SEIGNEUR

Que le bonheur, la vénération et la fortune ne vous abandonnent jamais , noble Timon 1

Toujours prêt pour mes amis.

(Aldbii,dc. Icaigneon, etc., Mrtmt.;

APKMANTCS.

Quel tumulte ici! quel murmure confus de complimens et de grimaces, de révérences et de courbettes ! Je doute que toutes ces jambes si souples et si polies vaillent les sommes dont on paie leurs profondes génuflexions. L'amitié de tous ces hôtes est pleine d'une lie impure. Il me semble que les hommes au cœur faux ne devraient pas avoir des jambes si souples et si lestes; elles devraient être paralysées. — C'est donc ainsi que d'honnêtes dupes prodiguent leurs richesses pour de vaines et perfides révérences !

TIMON

El toi , Apemantus, si tu n'étais pas aussi bourru, tu éprouverais mes bontés.

APEMANTUS.

Non , je ne veux rien de toi. Si lu allais me corrompre aussi par tes dons, il ne resterait plus personne pour se moquer de ta folie, et lu ferais encore plus de sottises. Tu donnes lant, Timon, que je crains bien que tu ne finisses par te donner

TIMON D'ATHENES

bientôt toi-même. A quoi bon ces fêtes , ce luxe et ces vaines magnificences ?

. TIMON. sent? Eh bien, tu ne m'entendras jaunis; je v

Songe bien que si to t'avises de lancer tes su*- ! fermerai la porte de ton salut. Ob', est-il pw* casinos sur les amis qui forment ma société , je que l'oreille des hommes , si ouverte à laftattay jure de ne plus prendre à toi aucun intérêt. Adieu, I soit sourde aux avis salutaires? et reviens chanter mit un ton plus gracieux. (i «j

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