‹ Œuvres complètes de Shakespere, 1Chapitre 83 sur 689 · FRANCISCO · texte numérisé non relu

FRANCISCO

Us se sont évanouis bien rapidement.

Qu'importe , puisqu'ils laissent après eux leurs mets; et la faim nous presse. — Vous plaît-il de goûter de ce qui est servi devant nous?

ALONZO

Moi, non.

GONZALO

En bonne foi, seigneur, vous n'avez rien à craindre. Quand nous étions enfans, y avait-il un seul homme persuadé qu'il existait un peuple dans les montagnes portant des fanons semblables à ceux de nos taureaux, et des humains dont les yeux étaient placés au milieu de leur poitrine? et cependant, nous le voyons aujourd'hui, un voyageur à son départ pourrait gager un contre cinq (1) de rapporter de ces faits d'excellens témoignages.

ALONZO

Eh bien ! je veux m'approcher de cette table et manger, dût-ce être là mon dernier repas! Eh qu'importe, je sens que mes jours de bonheur sont passés. Mon frère, seigneur duc, approchezvous et imitez-nous.

(De* éclair* et do tonnerre. Entre Ariel ton* h forme d'une harpie, il «ccooe têt aile* ter la table , et aubitentent le banquet disparaît.)

ARIEL

Vous êtes trois hommes de crime. La destinée chargée de mouvoir ce bas monde et tout ce qu'il

(I) Each futur oui on of five for one : Un voyageur en partant laissait un , et on lui rendait cinq, s'il avait le bonheur de revenir.

renferme, a forcé l'insatiable mer à vous vomir sur Je rivage de cette île , où n'habite aucun homme que vous , médians , indignes de vivre parmi les hommes. J'ai rempli vos tètes de démence, oui, de ce courage frénétique qui porte les humains à se noyer eux-mêmes ou à s'étrangler de leurs propres mains.

(Aloato, Wkt»tieo el U» cotres liiw leur» éfém.)

Insensés! mes compagnons et moi sommes les ministres de la destinée. Les élémens dont est forgée la trempe de vos épées ne peuvent pas plus entamer la moindre plume de mes ailes, que poignarder les vents tumultueux; que blesser le sein de l'onde , qui se réunit et ferme a l'instant la plaie du glaive. Mes compagnons sont invulnérables comme moi. Et quand je donnerais prise à vos armes , elles sont maintenant trop pesantes pour vos forces : vos mains ne pourraient les soulever. Mais souvenez-vous , car tel est ici l'objet de mon message , que vous avez dépouillé de son duché de Milan le vertueux Prospéra, que vous l'avez exposé sur la mer, qui depuis vous en a payé le salaire, lui et sa fille innocente. C'est pour ce complot odieux que les tout-puissans Destins, qui diflerent, mais n'oublient pas, ont enflammé les mers et leurs rivages, ont soulevé toutes les créatures contre votre paix : toi, Alonzo , ib t'ont privé de ton fils. Ils vous annoncent, par ma voix, que des fléaux puis terribles dans leur lenteur que ne peut l'être l'instant fatal qui tue, vont s'attacher à vous et vous poursuivre pas à pas. Pour vous préserver des vengeances prêtes à éclater sur vos têtes dans cette lie sauvage , il oc vous reste qu'un moyen : le remords sincère , suivi d'une vie ans reproche.

JAriei l'éeeaoait dan» «a coip de tonnerre ; «traite, mm d'ine roBSiqur «frriblc, ht fantAmea rentrent et d tarent ce, ei primant plusieurs pantomime*, et ib «alàveat la labk.)

PROSPEBO, a part.

Fort bien , mon Ariel ! cette harpie, tu Tas rendue d'après nature. Elle avait de la grâce dans sa voracité : tu n'as pas omis un mot de l'instruc-

tion que je t'avais donnée. Mes esprits secondaires ont montré aussi une fidélité rare : dans leurs personnages divers ils imitaient la vie. Le pouvoir de mes charmes agit, et ces hommes, mes ennemis, sont enchaînés tous dans le délire : je les tiens sous ma puissance ; je veux les laisser en proie à ces accès de frénésie, tandis que je vais revoir le jeune Ferdinand, qu'ils croient noyé, et celle qui lui est si chère , qui m'est si chère, la bien-aimée de tous les deux.

(Protpero quitte ta place «t rort.) GOItZALO.

An nom de quelque puissance dn ciel, seigneur, pourquoi demeurez-vous immobile dans cette étrange extase?

ALONTO.

O prodige, prodige d'horreur l II me semblait que les vagues avaient une voix et me le nommaient, qu'à mon oreille les sifflemens des vents le répétaient, que le tonnerre de son organe profond et formidable le prononçait, le nom de Prospéra ; ses sourds roulemens grondaient ma conscience. La voilà la cause qui a enseveli mon fils sous le sable des mers; et moi j'irai dans leurs abîmes plus avant que jamais n'a pénétré la sonde, j'irai chercher mon fils et m'enseveJir avec lui.

Ulaort.)

Un seul démon à la foisl J'attaquerai leurs légions réunies.

Je suis ton second.

(tk aorteoL)

GOKZALO.

Ils sont tous trois forcenés de désespoir. Leur ancien crime, comme un poison qui ne doit opérer qu'après un long espace de temps, commence à ronger leurs ames. Vous , dont les muscles sont plus souples que les miens, courez sur leurs pas, je vous prie, et sauvez-les des fureurs où cet accès peut les précipiter.

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