ACTE I, SCÈNE III
coeur , combien son âme était lente et le vaisseau prompt à s'éloigner de vous.
IMOGÈNE
Tu aurais dû le suivre de l'oeil , et ne le quitter que lorsqu'il t'aurait paru petit comme un oiseau , ou moins encore.
PISANIO.
C'est ce que j'ai fait, madame.
IMOGÈNE
Ah ! moi , j'aurais voulu briser les fibres de mes yeux dans leurs efforts , pour le voir plus longtemps , jusqu'à ce qu'il fût devenu , par l'éloigneraent, plus petit que mon aiguille. Oui , mes regards l'auraient suivi , jusqu'à ce que de la grosseur d'un moucheron , il se fût tout-à-fait évanoui dans l'air; et alors j'aurais détourné mes yeux et pleuré... — Mais dis-moi , cher Pisanio , quand recevrons-nous de ses nouvelles ?
PISANIO.
Soyez-en sûre, madame , à la première occasion qu'il pourra trouver.
IMOGÈNE
Je ne lui ai point fait mes adieux. J'avais tant de choses tendres à lui dire ! Avant que j'aie pu lui dire comme je songerai à lui , à certaines heures ; quelles pensées , quels souvenirs j'aurai , tantôt l'un, tantôt l'autre ; — avant Cfue j'aie pu lui faire jurer qu'aucune femme d'Italie ne lui ferait trahir mon amour et son honneur ; lui recommander de s'unir à moi en prières , au point du jour , à midi , à minuit (car alors je suis dans les cieux pour lui);
i88 CYMBELINE,
avant que j'aie pu lui donner le baiser d'adieu , que j'aurais placé entre deux mots charmans ; mon père survient , semblable au souffle tyrannique du nord qui tue les fleurs dans le bouton.
( Une dame de la reine entre, ) LA DAME.
La reine , madame , désire que votre altesse se rende auprès d'elle.
IMOGÈNE, à Pisanio.
Allez exécuter les ordres dont je vous ai chargé, je vais rejoindre la reine.
PISANIO.
Je vous obéirai , madame.
( Ils sortent. )