ACTE I, SCÈNE VI. 2o
profondément pénétré du reste de la lettre : il est tout ému de reconnaissance. — Vous êtes reçu , brave seigneur, avec toute la joie que peuvent exprimer mes paroles ; et vous l'éprouverez dans tout ce que je pourrai faire pour vous.
lACIIIMO.
Je vou^s rends grâces , belle princesse. — Eh quoi ! les hommes sont-ils insensés? La nature leur aura donné des yeux pour voir larche voûtée des cieux et les richesses de la terre et des mers ; des yeux cjui peuvent distinguer les globes enflammés sur nos tètes , et cette foule de pierres brillantes semées sur les rivages ; et avec des organes si précieux , ils ne pourront pas faire la différence de la laideur et de la beauté !
IMOGÈJNE.
D'où nait votre étonnement?
lACHIMO.
Ce ne peut être la faute des yeux : des singes placés entre deux créatures semblables exprimeraient à celle-ci leurs désirs , et repousseraient l'autre par des grimaces. Ce n'est pas la faute du jugement : l'idiot devant cetle beauté saurait faire son choix. Ce n'est pas l'erreur de la passion ; car la laideur , mise à côté de cette beauté parfaite, excitei^ait le dégoût du désir au lieu de l'attirer à elle.
IMOGÈWE.
Quelle est donc la cause... ?
lACHIMO.
Le vice blasé , ce désir rassasié mais non satisfait
3o4 CYMBELINE,
(comme un vase qui laisse fuir le liquide qu'il contient sans cesser d'être plein ) , de'vore d'abord l'agneau, et puis est avide de ses restes impurs.
IMOGÈNE
Quelle est donc , digne étranger , la cause de cette extase où je vous vois ? Seriez-vous indisposé ?
lACHIMO.
Je vous rends grâces; non , madame. <^Â Pisanio.) Ami , je vous prie , ordonnez à mon serviteur de m'attendre à l'endroit où je l'ai laissé : il est timide et susceptible.