‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 120 sur 294 · ACTE II, SCÈWE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈWE II

avant d'éveiller la chaste beauté qu'il viola. 0 nouvelle Cytherée, combien ce lit ajoute à tes grâces ! Fraîche comme les lis , plus blanche que le lin qui te covivre , oh! que je puisse te toucher, te donner un baiser , un seul baiser ! Rubis incomparable de ses lèvres , que vous le rendez précieux ! — C'est son haleine qui embaume ainsi l'appartement : la flamme du flambeau s'incline vers elle , et voudrait pénétrer sous ses paupières pour y voir les lumières qu'elles cachent sous leur rideau : globes d'un blanc mêlé d'azur, de l'azur même descieux. — Mais mon projet est d'observer cet appartement. — Il faut que j'en fasse une description complète. — Ici des tableavix. — Là des fenêtres. — Tels sont les ornemens de son lit. — Les tapisseries, les personnages, ce trait d'histoire. — Mais quelques signes naturels observés sur son corps, seraient un témoignage mille fois au-dessus de ces meubles , et ils enrichiraient mon inventaire. 0 sommeil, image de la mort , appesantis-toi sur ses sens , et rends-la insensible comme le monument placé dans une chapelle. {Prenant le bracelet d'Imogène.) Viens à moi, viens : aussi facile que le noeud gordien l'était peu. — Il est à moi , et ce bracelet sera un témoin visible aussi fort que la conscience pour désespérer son époux. — Ah ! son sein gauche est empreint d'une étoile à cinq rayons pareille aux gouttes de pourpre qui brillent dans le calice d'une primevère '•^K Voilà une preuve au-dessus des plus fortes preuves que puissentjamais acquérir les lois mêmes. Ces signes cachés le forceront de croii'e que j'ai crocheté la sei'rure et r«vi le trésor de son honneur. Que me faut-il de

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plus? — Qu'ai-je besoin d écrire ce qui est profondément imprime' dans ma mémoire ? ( Prenant le livre.) — Elle lisait l'histoire de Te'rëe ; la feuille est plie'e à l'endroit où Philomèle se rendit. — J'en ai assez : rentrons dans ce coffre 'et refermons-le sur moi. — Vite , hâtez-vous , dragons de la nuit : que l'aurore ne tarde pas à ouvrir l'œil gris du corbeau. — J'habite au sein de la crainte ; l'enfer est ici pour moi , quoiqu'un ange céleste y repose. (^L'horloge sonne.) Une, deux , trois : il est temps , il est temps.

(Il rentre dans le coffre ; la scè^e se ferme. )

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