ACTE II, SCÈNE III. aaS
cjuence de ces unions n'est que misère et enfans misérables. Mais l'importance de votre rang vous défend la même liberté ; et vous n'avez pas le droit de souiller le précieux éclat de la couronne avec un vil esclave digne de porter la livrée et les vieux habits d'un maître; — avec un valet , et moins encore.
IMOGÈNE
Profane ! fusses-tu le fils de Jupiter, si tu n'étais que ce que tu es d'ailleurs , tu serais trop vil pour être le valet de Posthumus ; tu serais assez honoré , et l'envie te trouverait trop heureux , si pour récompenser tes vertus on te nommait le valet du bourreau dans son royaume; tu serais haï pour être placé si haut.
CLOTEN.
Que la peste l' étouffe ! ^^^
IMOGÈIVE.
Il ne peut jamais éprouver de malheur plus affreux que celui d'être seulement nommé par toi. — Le plus grossier vêtement qui ait couvert son corps , est plus précieux pour moi que ne le seraient tous les cheveux de ta tête , seraient-ils changés en autant d'hommes. — (j^ppelant.) Pisanio!
CLOTEN.
Son vêtement! Eh bien ! que le diable
( Pisanio paraît. )
IMOGÈNE
Pisanio , allez promptement trouver Dorothée.
CLOTEN.
Son vêtement !
ToM. 'Vil. Shaùpeare. l5
236 CYMBELINE
IMOGÈNE
Jesuis obsédée par un insensé; sa présence m'effraie et m'irx-ite encore plus. — Allez , je vous prie , et ordonnez à ma suivante de chercher un bracelet qui par malheur a glissé de mon bras. Il vient de votre maître; et , j'en atteste le ciel , je ne voudrais pas le perdre pour toutes les richesses d'aucun i^oi de l'Europe. Je crois l'avoir vu ce matin ; je suis certaine qu'il était à mon bras la nuit dernière : je l'ai baisé. J'espère qu'il n'est pas allé conter à mon époux que je donne des baisers à un autre objet que lui.
PISANIO.
Il ne peut pas être perdu.
IMOGÈNE
Je l'espère : allez, et cherchez-le , je vous prie.
CLOTEN.
Vous m'avez outragé... — Le plus grossier vêtement !
IMOGÈNE
Oui , je l'ai dit , seigneur ; pi'étendez-vous m'en faire un crime ? Appelez des témoins, ils me l'entendront répéter.
CLOTEN.
J'en informerai votre père.
IMOGÈNE
Informez-en aussi votre mère , qui est pleine de bienveillance pour moi , et j'espère qu'elle l'interprétera avi pire. Je vous abandonne, seigneur , à tout votre mécontentement.
(EUesort.)