ACTE II, SCÈNE III. 4o
(Entre le bouffon.)
SIR ANDRÉ
Voici, ma foi, le fou qui yient,
LE BOUFFON
Hé bien, mes coeurs? N'avez-vous jamais vu le portrait de nous trois ?
SIR TOBIE
Sois le bienvenu, fou; allons, une chanson.
SIR ANDRÉ
Sur ma foi, ce fou a une excellente voix ! Je voudrais pour quarante shellings avoir sa jambe , et une voix pour chanter aussi douce que la sienne. En vérité, tu étais dans tes plus charmantes folies le dernier soir, lorsque tu parlas de Pigrogromitus , des Vapians passant l'équinoxiale de Queubus : cela était excellent , en vérité ; je t'ai envoyé douze sous pour ta catin ; les as-tu reçus ?
LE BOUFFON
Oui, j'ai remis ta gracieuseté à mon jupon court ; car le nez de Malvolio n'est pas un manche de fouet (^^), et la maison des myrmidons n'est pas un bouchon .
SIR ANDRÉ
Excellent ! c'est la plus jolie folie pour couronner la fin. Allons, à présent une chanson.
SIR TOBIE
Avance ; voilà douze sous pour toi ; chante-nous une chanson.
Voilà encore une pièce de douze sous de moi; si un chevalier nous donne —
4o4 LA DOUZIÈME NUIT,
LE BOUFFON. M
Voudriez-vous une chanson d'amour, ou une chanson morale?
SIR TOBIE
Une chanson d'amour , une chanson d'amour !
SIR ANDRÉ
Oui , oui ; je ne me soucie point de morale.
LE BOUFFON chante.
0 ma maîtresse! où êtes-vous errante?
Arrêtez et écoutez : Votre sincère amant s'avance,
Votre amant qui peut clianterhaut ou bas.
Ne trotte pas plus loin , mon cher cœur :
Des amans qui voyagent se rencontrent bientôt;
C'est ce que sait le fils de tout homme sage.
SIR ANDRE
Admirable , en vérité !
SIR TOBIE
Bien , très-bien .
LE BOUFFON
Qu'est-ce que l'amour ? Il n'est pas fait pour l'avenir :
La joie présente fait rire dans le présent;
Ce qui est avenir est encore incertain ;
Il n'y a point de moisson à recueillir des délais.
Viens donc , ma chère âme , me donner cent baisers.
La jeunesse est une étofife qui ne peut durer.
SIR ANDRÉ
Une voix douce comme du miel, aussi vrai que je suis chevalier.
SIR TOBIE
Une voix contagieuse !