‹ Œuvres complètes de ShakspeareChapitre 48 sur 294 · UN WATCHMAN · texte numérisé non relu

UN WATCHMAN

Je connais ce La Mode, c'est un voleur depuis sept ans. Il s'introduit çà et là mis en gentilhomme j je me rappelle son nom.

BORACHIO.

N'as-tu pas entendu quelqu'un ?

CONRADE.

Non, c'est la girouette sur le toit.

Ne vois-tu pas , dis-je , quel maladroit voleur est la mode ? Par quels vertiges ellç renverse toutes les têtes chaudes, depuis quinze ans jusqu'à trente-cinq ;

go BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN,

parfois elle les affuble comme les soldats de Pharaon dans le tableau enfume' , tantôt comme les prêtres du dieu Baal aux vitraux de l'antique église ; quelquefois comme l'Hercule rasé ^'^^ dans notre tapisserie rongée des mites , où son petit doigt '•^''^ semble aussi gros que sa massue.

CONKADE.

Je vois tout cela, et que la mode use plus d'habits que l'homme. Mais n'es-tu pas entraîné toi-même par la mode , en t écartant de ton récit pour me parler de la mode?

BORACHIO.

Nullement. Apprends donc que cette nuit j'ai courtisé Marguerite , suivante d'Héro , sous le nom de sa maîtresse ; elle m'a tendu la main des fenêtres de son appartement , et m'a dit mille fois adieu ! — Je raconte cela horriblement mal. J'aurais dû d'abord te dire que le prince, Claudio , et mon maître, placés, postés et prévenus par mon maître don Juan, ont vu de loin , dans un coin du verger , cette entrevue amoureuse.

CONRADE.

Et ils croyaient que Marguerite était Héro !

BORACHIO.

Deux d'entre eux l'ont cru , le prince et Claudio. Mais mon démon de maître savait que c'était Marguerite. D'un côté, grâces à ses sermens qui ont d'abord séduit nos dupes ; de l'autre , grâces à la nuit obscure qui les a déçus , mais surtout à mon manège qui confirmait chaque calomnie inventée par don Juan. Claudio est parti plein de rage, jurant d'aller la joindre demain matin au temple à l'heure

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