SCÈNE IL
Une place publique.
Entre CLOTEN , DEUX SEIGNEURS.
PREMIER SEIGNEUR
Je vous conseille, seigneur, de changer de chemise. La chaleur de l'action vous a mis tout en sueur : vous voilà fumant comme la victime d'un sacrifice. Quand un air sort, un air entre ; et il n'en est point au dehors qui soit aussi sain que celui c£ui sort de vous.
CLOTEN.
Si ma chemise était ensanglantée , alors pour en changer... L'ai-je blessé ?
SECOND SEIGNEUR, à part.
Non , d'honneur , tu n'as pas même ému son âme.
i«4 CYMBELINE,
PREMIER SEIGNEUR
Blessé? Ah! s'il ne l'est pas, il faut qu'il ait un corps perméable; il faut que l'acier le traverse comme l'air.
SECOND SEIGNEUR, à part.
Son acier craignait les cicatrices ; il a battu en retraite vers la ville.
CLOTEN.
Le lâche n'osait pas m'attentlre.
SECOND SEIGNEUR, à part.
Non , il allait toujours ; mais en avant , vers ta face.
PREMIER SEIGNEUR
Vous attendre? vous avez assez de terres; mais il a ajouté à vos domaines , il vous a cédé du terrain.
SECOND SEIGNEUR, à part.
Autant de pouces de terre que tu as d'océans ! Les fats!
CLOTEN.
Que je voudrais que personne ne fût venu se jeter entre nous deux !
SECOND SEIGNEUR, à part.
Et moi aussi, jusqu'à ce que tu eusses pris sur la poussière avec ton corps la mesure d'un imbécile,
CLOTEN.
Mais comment peut-elle aimer ce misérable , et me rebuter , moi ?
SECOND SEIGNEUR, à part.
Oh!si c'estun crimedebienchoisir;elleestdamnée. i
PREMIER SEIGNEUR. '
Seigneur , je vous l'ai toujours dit, que son esprit