le LORD DBS ILES
taires de son onde. La voix de raquilou, celle du • torrent retentissent au loin; cependant on saisit encore quelques sons mourants de l'harmonie des forêts. C’est le ramier qui soupire , c’est l’aigre cri du rouge-gorge. Le soleil, en se couchant derrière les montagnes d’Ëtrick, nous offre encore quelques teintes des riches couleurs de l’été.
L’autopine a fui; les chants rüstiquesdes plaines de Gala ne viennent plus réjouir nbs rivages. Les chœurs joye,ux ne se mêlent plus au murmure des ruisseaux et à la brise légère. Les dernières acclamations .viennent de finir. Le chariot bruyant repose sous un toit de chaume. Tout ést silencieux sur.- le côteaiu désert : on ne voit plus que quelques vieillards courbes sous le poids des années, qui, suivant de loin le cortège de l’automne,
vont cà et là glanant les épis oubliés.
Vous à qui ces tableaux* moins brillants offrent aussi des charmes, ^dmezrvous à parcourir les domaines flétris de l’automne, pimez-voiis a voir la bruyère desséchée sur la col Ii ne , à écouter l’harmo- , • nie expirante des bois ? Aimez-vous à voir la feuille rougir et se faner sur sa tige, aimez-vous à ad-
mirer les derniers fëux du soleil sur la çime des monts, à suivre des yeux le glaneur dans les champs déserts, et à. moraliser sur les plaisirs et lçs peines de la vie. Ah] si vous aimez de pareilles
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scènes, ue dédaignez pas le chant du ménestrel.
> Non, ne le dédaignez point. Je l’avoue, les
roucoulements du ramier sont préférables à ses accords sans art; les beautés de ses chants sont plus pâles que la teinte douteuse du soleil couchant sur un ciel nébuleux d’uutomne, et; plus rares que ces feuilles desséchées qui frémissent au souffle des vents, lorsque novembre a fait
resonner son cor; mais ne méprisez pas ses tra-» vaux*; glaneur solitaire , il parcourt des champs où des bardes plus heureux ont cueilli jadis
d’abondantes moissons.
Vous n’entendrez pas sans intérêt nue simple histoire des jours de gloire d’Aibyn. Dans cés contrées éloignées queméprise l’hàbitant du Sud, il reste encore quelques fragments de l’ancien récits Quand les derniers rayons du soleil pâlissent derrière les sommets de Coolin , ces antiques traditions servent au prophète de Skye à abréger les heures du soir. On les corinoit aussi dans les
déserts de Reay, à H.lrries et dans les temples d’Ionie, où repose le p’oble lord' des Iles.
— Éveille-toi, fille de Lorn! chantoient les ménestrels; et ces accents retentissoient sous tes
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antiques salles, ô Artornish! La mer qur baigne tes murs ne poussoit plus sur le rivage que des vagues paisibles, comme pour marier son harmonie à ces concerts; les vents se taisoient sur les sommets d’Inninmore et dans les bosquets du rivage de Loch-Allirie , comme si les bois et les vagues eussent aimé à écouter les bardes. Jamais l’écho des montagnes ne répéta des accords aussi doux. L’Écosse, les îles de Ross, d’Arran, d’Ilay et d’Argyle aboient réuni leurs méflestrels»pour célébrer ce jour de fête. Honte éternelle au barde qui ne répondit point à l’appel de ce jour, insensible à l’espérance de la gloire et du sourire des dames, le plus noble but de ses vers! Honte éternelle au barde qui resta muet dans le château d’Artornish!
— Éveille-toi, fille de Lorn! répétoient les
ménestrels : éveille-toi ! c’est à nous qu’il appartient de bannir le sommeil de la couche de la . beauté : tout reconnoît notre pouvoir; les airs, la terre, l’Océan. Dans Lettermôre, le cerf timide s’arrête pour entendre lè son de nos harpes; le 1 - veau marin de Heiskar suit la barque qui porte le ménestrel; on a vu l’aigle orgueilleux l’écouter • ■ du haut d’un nuage sur le Ben-Cailliach- Que la jeuqe fiancée daigne sé montrer sensible à nos
CHANT PRRMIF.R.^j . ‘J
chantsl Édithde Lom, éveille-toi au son de ho$ harpes. ‘ ■ ,
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— Éveille-toi ! la campagne est couverte des perles de l’aurore. La nature offre des charmes dignes de le disputer aux tiens. Elle excite la grive à faire entendre ses chants pour lutter contre la douceur de ta voix. L’éclat dont elle orna la violette rivalise avec l’éclat de tes beaux yeux. O Édith! éveille-toi, et nous verrons alors si tout ce qu’il y a de touchant et de beau dans la nature ne s’efface pas devant tes charmes.
— Elle ne paroît point, s’écrie le vieux Fer,rand; amis, essayons un mode plus tendre , une mélodie plus douce , qui se marie mieux aux songes de la beauté , et réveille dans son cœur l’espérance qu’elle cherche et qu’elle craint d’avouer. Il dit , et des sons plus doux et plus tendres s’échappent des cordes de la harpe. C’est un chant d’amour que Ferrand ordonna de commencer.
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— Éveille-toi , fille de Lorn ! elles s'enfuient ces heures où l’on peut te donner encore le nom de vierge; éveille-toi! éveille-toi! La voici cette heure où L’amour va recevoir tes çerrijens et ta
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foi. Par cette pudeur qui soulève ton sein , par l’espérance qui charmera bientôt tes craintes ,
; brise les liens du sommeil, réveille-toi à l’appel de l’Amour. ' •
— Eveille-toi , Edith, éveille-toi. Je vois près du rivage des barques couvertes de pavillons , le joyeux Pibroc se fait entendre ; des banderolles de soie se déroulent dans l’air; quel est celui dont le Pibroc chante des louanges? à quel preux appartient ce cimier tissu sur ces bannières? le ménestrel n’ose le dire : c’est à l’amour de deviner cette devise, “
Retirée au milieu de ses suivantes, Édith avoit entendu ces chants ; mais son indifférence eût humilié le ménestrel qui en auroit été le témoin; ses joues ne brillèrent point de cette rougeur que la flatterie fait naître ; les plus tendres accords ne purent lui arracher un soupir. C'étoit vainement que les suivantes avoient disputé d’adresse pour parer cette jeune fiancée. Cathlnee d’Uhie, c’est toi qui tressas ses longs cheveux noirs; la jeune Éva, en se baissant avec grâce, chaussoit ses pieds légers de la mule de soie , pendant que la belle Bertha en entourait les contours gracieux d’un rang de perles du Lochryan qui leur cé-> doient en blancheur. Mais c’étoit Einion qui , .
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CH A NT PÜEMflKR.
plus âgée et plus habile , avoit rempli la tâche de fixer avec art son manteau , afin qu’il dessinât les formes qu’il sembloit cacher ; les franges d’or qui bordoient ses larges plis de pourpre descendoient jusqu’à terre.
Existe-t-il une jeune fille qui, parée de tous les atours , dans tout l’éclat de ses charmes ,, à l’approche du triomphe de l’amour, à l’heure de l’hymen , soit assez indifférente pour voir la glace fidèle répéter son image sans trahir par la moindre altération de ses traits la secrète satisfaction de son cœur!... Tout ce que le ménestrel peut dire, c’est qu’il en fut une dans l’île de la Bretagne le jour où la belle Édith de Lorn ne daigna pas sourire à la pensée de son hymen. .
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Morag, à qui le baron de Lorn avoit confié le soin de nourrir Édith, et qui voyoit sa tendressç payée par le retour d’une tendresse filiale (car ce lien, le £lus doux de tous , fut toujours sacré dans l’Ecosse), Morag, déjà courbée par l’âge, se tenoit à l’écart et cherehoit à lire dans les traita d’Edith ce qui se passoit dans son cœur. En vain les suivantes t'éclamèreut l’adresse et le zèje de
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LF.LOKD DES ILES.
la bonne nourrice , Morag s’aperçut bien que sa fille étoit indifférente à ces soins comme la belle statue d’une sainte que les vierges du cloître parent à l’envi ; elle reconnut que le cœur d’Edith ne prenoit aucun plaisir à toute cette pompe; elle l’observa encore quelque temps, puis la serraut sur son sein quand elle fut revêtue du manteau nuptial , elle la conduisit dans une tour solitaire dont le faite crénelé s’élance dans la nue, et domine, ô sombre Mull ! ce détroit profond où des courans contraires mêlent leurs voix mugissantes et séparent tes noires collines du rivage de Morven.
, — Ma fille , dit-elle , regarde cette mer qui baigne .le rivage de deux cents îles depuis Hirt, situé plus au nord , jusqu’au rivage fertile dp la verdoyante Ilay ; tourne les yeux sur le continent où tant de tours féodales reconnoissent ton vaillant frère pour seigneur suzerain , depuis Min- . garry, dont le château s’élève au-dessus des flots , et des forêts, jusqu’à Dunsttaffnage , qui entend le Connal furieux lutter contre des rochdts. Dans toute l’étendue .de ces domaines , ton front seul exprime la tristesse , le jour où la fille du noble baron de Lorn donne sa main à l’héritier du puissant ,Someried , à ce généreux Ronald , issu d’une
CHANT PREMIER.. If
race de' héros , le beau , le vaillant , le noble lord ' des lies, dont mille bardes ont célébré le nom , qui est l’égal des rois, et qui traité de pair avec l’orgueilleux Anglais. Dans le château des grands, dans la chaumière des pauvres , chacun parle de ' • cette heureuse alliance et s’en réjouit. La jeuue fille se pare de ses habits de fête, le pâtre allume des feux de joie; c’est pour célébrer ce grand jour que le cor de chasse a retenti , que la cloche a tinté dès le matin. Le saint ministre des autels . chante l’hymne de reconnoissance ; il n’est de 'serf si obscur qui , dans son humble retraite K n’oublie ses chagrins, et libre du travail journalier, ne veuille prendre part aux plaisirs de ce grand jour. Edith seule , la reine de cette fête , JT Edith est triste quand tous se livrent à la joie.
A ces paroles , le regard d’Édith s’anime , son dépit étouffe un soupir prêt a s’échapper , et sa main essuie avec précipitation la larme brûlante- . d’un orgueil offepsé. • • '
— : Laissé - moi , Morag , va prodiguer les , . louanges à ces harpistes mercenaires ; vanté à ces jeunes filles la ppmpe et la grandeur. Qu’elles passent des heures à parler des bannières qui se déploient, du cor et de l’airain qui résonnent,’.
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«les robes brillantes, des riches bijoux; mais toi, Morag, qui meconnois, penses-tu que tous ces frivoles objets puissent toucher un cœur qui sait aimer et qui attend vainement un tendre retour. Non , jamais. Tu auras exprimé en peu de mots tout le malheur d’Edith en disant : — Elle n’est point aimée. , .
— Ne me le conteste pas. Trop long-temps j’ai essayé d’appeler du nom d’amour ses égards et son respect étudié; séduite par l’alliance qui me' permet de me croire l’épouse destinée à Ronald depuis sa plus tendre enfance ; pendant que son bras combattoit pour l’Écosse, mon cœur battoit en entendant prononcer son nom, lorsqu'il se trouvoit mêlé aux récits de sa gloire comme un doux parfum au vent d’été. Quel pèlerin entra jamais dans ce château sans raconter quelque haut fait du brave Ronald? quel ménestrel chanta les héros sur sa harpe, sans célébrer ses vertus? Et toi-même, Morag, tu ne racontois jamais rien de glorieux sans terminer ton récit par le nom de Ronald. Il vint... tout ce que j’avois ouï de ses hautes qualités me sembla bien au-dessous d’elles. La renommée avoit été froide, timide’, injuste
pour Ronald et pour moi.
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CU A NT- PREMIER
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• Depuis lors, quelle pensée Edith a-t-elle jamais conçue qui ne fut une^pensée d’amour, et quelle a été ma récompense ? De froids délais , des prétextes sans cesse renouvelés pour différer le jour de notre hymen! Il luit enfin ce jour, et Ronald n’est pas ici! Chasse-t-il le cerf agile de Bentalla, ou adresse-t-il dans quelque asile solitaire de tendres adieux à une beauté crédule, lui jurant que, s’il ne peut refuser la main de la sœur de Lorn, il viendra la revoir pour ne plus la quitter après la vaine cérémonie de l’hymen?