‹ Œuvres completes de SterneChapitre 169 sur 507 · CHAPITRE CLXXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXXXIV

On y court.

Cinquante mille diables aspergés d’eau bénite (je ne dis pas les diables de l’arehevéque de Bénévent, mais ceux de Rabelais) n’auraient pas fait un cri si diabolique que celui que je fis à la chute de la fenêtre. Ce cri fit accourir ma mère chez la nourrice ; et Suzanne n’eut que le temps tout juste de s’échapper par l’escalier de derrière, tandis que ma mère montait l’autre.

Or, quoique je fusse assez v ieux pour pouvoir raconter mon histoire, et assez jeune, j’espère, pour la raconter sans malice, cependant Suzanne, en traversant In cuisine, l’avait dite en abrégé à la cuisinière, de crainte d'accident. La cuisinière l’avait rendue à Jonathan, avec un commentaire, et Jonathan l’avait rendue à Obadiah; de sorte qu’après que mon père eut sonne une demidouzaine de fois pour savoir ce qui était arrivé, Obadiah fut en état de lui en rendre un compte exact, et de lui dire ce qui s’étalt passé. — Ma foi! j’y pensais, dit mon père, en retroussant sa robe de chambre, et il monta l’escalier.

De ce j'y pensais de mon père on voudrait peut-être inférer (quoiqu’à dire vrai, je ne sache pas trop pourquoi) (|uc mon père en ce moment venait d’écrire ce chapitre remarquable de la Tristrapédie, lequel est pour moi le plus original et le plus amusant de tous les livres; je veux dire le chapitre sur les fenêtres à coulisses, avec une diatribe mordante sur la négligence des femmes de chambre. Mais j’ai deux raisons pour penser autrement.

La première, c’est que si mou père s’eit fut occupé avant l’accident , il n’eCit pas man qué de faire clouer et condamner In fenêtre. Cette opération, vu la difficulté avec laquelle on a vu qu’il composait son livre, lui aurait pris dix fois moins de temps que le chapitre qu'il aurait fallu écrire. Je pense que ce petit argument paraîtra convainquant, et qu’il éloignera même l’idée que mon père ait jamais de sa vie songé à écrire un chapitre sur les fenêtres à coulisses et sur les pots de chambre. Mais, pour prévenir toute objection, voici la seconde raison que j'ai promise au lecteur, et que j’ai l'honneur de soumettre à son jugement.

C’est que , pour compléter la Trisimpédie à qui ce chapitre manquait, je l’ai écrit moimême.

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